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Friday, December 23, 2011

Le body-art, entre innovation et imitation

Le Body-Art entre innovation et imitation

Yves Klein, le judoka qui avait trouvé, dans le jumelage fécond entre la musique spirituelle et les arts plastiques, de quoi assouvir sa passion ne savait pas que sa trouvaille allait être plagiée, juste quelques mois avant sa mort, par les accros du ready-made. Le Body-Art qu’il avait inventé et initié avec la bénédiction du critique d’art Pierre Restany était anthropologiquement beaucoup plus réfléchi et plus profond. Son séjour au Japon et les contacts avec les moines bouddhistes seraient derrière cette éclosion bien inspirée. Aujourd’hui, il devrait se retourner dans sa tombe parce que ceux qui veulent imiter son style l’ont entaché de difformités hideuses et de folklorisme dissonant, dans un but purement commercial et mercantile. Yves Klein est décédé prématurément. Mais il serait aujourd’hui en colère et mis aux abois s’il était toujours en vie, à cause des excroissances bizarroïdes que, par snobisme castrateur, on a faites de ses mémorables acts-paintings, qu’il avait orchestrés en véritable artiste visionnaire. Ses monochromes (Rhapsodie du bleu…) et ses estampages grand format, réalisés avec les silhouettes féminines en s’inspirant de la musique instrumentale cordophone (sonorité monocorde) sont rentrés dans les annales picturales mondiales. Ce qui est désolant de nos jours et déroutant c’est de considérer les tatouages et le dessin avec le henné comme du Body-Art. Certes on a mis un peu d’habileté dans certains tatouages corporels mais ce n’est pas le Body-Art prôné par Yves Klein. Autrement, il faudrait considérer les taulards aux bras tatoués et les «Negafate» comme des Body-artistes à part entière. Entre la présence interactive d’un petit orchestre et l’utilisation d’une cassette d’enregistrement les écarts sémantiques et sémiologiques sont immenses. Aujourd’hui les acts-paintings hybrides font florès. Ils sont exécutés par des novices prétentieux et incorrigibles. Mais les puristes sont excédés par ce qu’ils voient à travers le monde comme manifestations facétieuses usurpant et défaisant l’âme du véritable Body-Art kleinien. L’on note toutefois le remarquable show pictural de Blanchard dont un duplicata vidéographique se trouve toujours mis en partage via Youtube. Les autres tentatives se sont révélées infructueuses et sans horizon. Ces manifestations bâclées, mal agencées et stériles n’ont pas pu accéder à la perfection et la notoriété atteintes par Yves Klein. Blanchard a réalisé un portrait monumental de Léo Ferré en synchronisant ses mouvements corporels aux refrains d’une chanson que le grand Léo avait dédiée au leader chilien assassiné Allende. Et comble de stupidité même Blanchard a été, lui aussi, plagié. Les imitateurs mal éduqués font feu de tout bois et tableau de tout gribouillis. Certains teinturiers voulant se faire un nom et s’illustrer sur le dos d’autres artistes plus aguerris qu’eux ont transformé les salles d’expositions d’art plastique en un cirque obscène. Est-ce qu’on peut considérer un portrait dessiné en désorientant la toile comme une prouesse? N’importe quel cancre de l’école des Beaux Arts est capable de faire cela. Où est la plus-value artistique? L’expression artistique débridée a horreur des créations stéréotypées. Il y a une grande différence entre l’artiste et le techno-artiste. Le premier expérimente de nouvelles voies, mais le second ne fait que répéter les mêmes gestes machinaux comme un automate en arpentant les sentiers battus, c’est à dire du déjà-vu.

RAZAK

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