Hamlet le réconciliateur
On ne remercierait jamais assez Shakespeare d’avoir réconcilié (outre-tombe)
les publics de Rabat avec leur théâtre, une bâtisse qui avait besoin
d'un chef-d’œuvre pour colmater les brèches et astiquer sa devanture,
amochée par tant d’égratignures. Contre toute attente, l’affluence-mètre
que l’on croyait moribond et défectueux à cause de la sclérose qui a
frappé le milieu s'est remis à compter les billets vendus. Il a plafonné
pour Hamlet du ''théâtre du Shakespeare’s Globe'' et
chose curieuse, le spectacle a été présenté en anglais. Les sous-titres
ne traduisaient que les situations et non les répliques des acteurs,
mais cela importait peu puisque l'histoire de Hamlet est connue par la
multitude: le père de Hamlet meurt empoisonné, son oncle s'empare du
trône danois et de la main de la reine. Hamlet se révolte contre cette
mainmise facétieuse et ce mariage peu orthodoxe.
Personnellement,
j'ai vu pas mal de Hamlet au cinéma et au théâtre universitaire, mais
ce Hamlet-là a une autre saveur. Il m’a fait oublier les douleurs de
l’entorse que j’ai eue le soir du samedi. Jaouad qui a assisté à la première présentation m’en a parlé, lui qui aime outre mesure Shakespeare.
C'est du vrai théâtre parce que (côté texte) c'est écrit par un auteur de génie, côté mise en scène et jeu
des acteurs il y a une telle vivacité qui plait même au profane.
Intelligemment, on a évité les lourdeurs scénographiques qui handicapent
le spectacle en nuisant à la sonorité de la rhétorique shakespearienne,
pour ne laisser que ce qui est nécessaire et même au niveau des
costumes, on a assisté à une bellissime succession de métamorphoses,
rien qu'on variant les accoutrements. Ainsi, le roi devient spectre et
Ophélie en devient une autre lorsqu’elle met une légère chemise sur sa
robe rouge ou elle manie un accordéon.
Cette
prouesse mérite d'être saluée trois fois, puisque contre toute attente,
le théâtre afficha complet pendant trois soirées consécutives. Ce
succès nous rappelle ceux où Jean-Paul Belmondo et Louis Trintignant
(lire nos chroniques consacrées à ces deux spectacles) étaient les
vedettes.
Cette
grande salle que l'on vient de rénover pour la énième fois, pour un
meilleur confort , retrouve enfin sa véritable fonction. Merci au
British-Council d’avoir fait de cette enchanteresse apparition un
agréable conciliabule, où l’on échange courtoisement non pas des secrets
d’alcôve, mais des secrets de théâtre. Ce succès a infirmé tous les
faux constats et démenti les voix qui claironnaient que le théâtre est
mort et qu'il vaut mieux le remplacer par le folklore. Le public veut de
la qualité, il réagit favorablement quand des signes avant-coureurs lui
apparaissent.
Parmi
les grandes retrouvailles de ce providentiel Hamlet et qui prouvait que
le choix était bon, nous eûmes le plaisir de rencontrer deux
personnages qui ont donné académiquement et passionnellement beaucoup au
théâtre au Maroc. Il s’agit d’Ahmed Badri et Hassan Smili. L'un a créé
l'ISADAC, l'autre le FITUC. Malheureusement, après leur départ, les
choses se sont gâchées médiocrement. Dommage !
RAZAK
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