Les astuceurs les plus notoires de toute l’histoire du cinéma sont les pionniers comme Edison et les Frères Lumière qui ont trouvé l’astuce géniale de faire mouvoir l’image fixe en se basant sur le mouvement de rotation. George Méliès en avait enrichi la palette. Dans les 32 chroniques hebdomadaires publiées dans un journal marocain sur le cinéma colonial, nous avions abordé l’apport de ces éclaireurs bien éclairés. Comme le cinéma est une astuce, ce sont les astuceurs rusés qui l’enrichissent. Le making-of qui retrace les péripéties du tournage révèle les talents de ces collaborateurs de production. Sans eux, le film aurait montré ses verrues, ses fissures et ses hideuses rides. On ne peut pas citer tous les films où ces «simulateurs» bien inspirés nous entraient en bateaux en nous aveuglant avec leurs prouesses, car il faudrait des volumes de paperasse pour cela. Mais on se limiterait à quelques exemples de films choisis au hasard. Dans les trois films «Citizen Kane», «Benjamain Button» et «Flawless» les deux acteurs Orson Wells et Brad Pitt ainsi que l’actrice Demi Moore se font sexagénaires grâce aux mains habiles qui ont anticipé artistiquement leur vieillesse. Chahrukh Khan dans «Veer Zaara» avait lui aussi les cheveux grisonnants à la sortie de prison. Dans le chef d’œuvre cinématographique «Autant en emporte le vent» les astuceurs ont fait de la remarquable scène montrant des centaines de blessés de guerre gémissant sur les rails une leçon de cinéma. Le filon d’or que l’on voit dans le film «Le Trésor de la Sierra Madre » n’est qu’un produit artificiel et les liasses de dollars américains montrées en grandes quantités dans les films sur la Mafia et les films de gangstérisme, comme «Le Parrain» et «Scareface» ne sont pas vraies. Ce sont des trucs d’astuceurs. La montagne de diamants montrée dans «Flawless» n’a rien de diamantifère. C’est du toc. Les play-back des films hindous ne montrent pas les visages des vrais chanteurs et chanteuses, c’est un subterfuge d’astuceur. Les deux karatekas Jet li et Jackie Chan n’ont pas des ailes pour s’envoler comme des faucons, l’ordinateur (images de synthèse) ou le câble d’accrochage leur assure cette faculté extraordinaire. Le petit chien qui dans le film western «Shane» resta planté devant une tombe ne serait pas là si son maître-dresseur n’était pas mis à l’intérieur du cercueil. Qui aurait pensé à cette astuce? Les bouteilles qu’on brise sur les têtes sont en sucre. Les cartouches de Winchesters, les couteaux et les épées qu’on enfonce dans le thorax, sont objets inoffensifs. Certains truquages sont obtenus par les mouvements de la camera. D’autres dépendent de la matière utilisée: silicone, fumigène…
Le jour où leur réservoir tarirait et que leurs réserves en inventivité s’épuiseraient, l’on sonnerait le glas du cinoche. Le 7eme art survit grâce à l’art des astuceurs.
Razak