Saturday, June 11, 2016

Bziz et la débâcle d’un système audiovisuel malade de ses dirigeants



Si Bziz  avait imité les amuseurs publics qui font des pitreries leur gagne-pain, il aurait damé le pion aux cancres de la télévision d’Etat qui s’échinent et se plient en quatre pour espérer tirer une grimace de la populace marocaine qui regarde la télé. Bziz ne blague pas et même s’il a un sens aigu de l’humour, il ne triche pas avec les mots. Or cette télévision d’Etat, dirigée  d’une main de fer par des gens du sérail, ne veut pas d’un humoriste farouchement politisé qui dit la vérité. C’est contagieux et dangereux pour l’ordre conservateur établi. Un humoriste qui fait de la lutte contre la corruption son  cheval de bataille ne trouve qu’embûches et crevasses sur son chemin. On est dans un pays où les justes sont réprimés et les magouilleurs se la coulent douce. Bziz est mis ostensiblement à la marge parce qu’il dérange. Pour un artiste qui cherche un contact direct avec ses  admirateurs, l’indifférence est pire que la réclusion. On devine son courroux. Considéré injustement comme  persona non grata, cet humoriste ne fait que subir le calvaire  en attendant des jours meilleurs. Les nombrilistes haut perchés y voient une menace potentielle pour leurs intérêts. Peut-être que ce serait paranoïaque de voir les choses sous cet angle si mesquin et si frileux. Le rire édifiant est mieux que le rire bête. Dans le premier on émancipe, dans le second on dissipe.
Quelle démocratie ferait le Maroc si tout un chacun trouvait la liberté de dire ce qu’il a à dire sans craindre les tracasseries du lendemain.
En accumulant les interdictions,  Ahmed Senoussi (alias Bziz) est devenu un symbole, qui au-delà de l’être proscrit, interpelle l’Histoire da la nation. Dans les décennies à venir, les Marocains qui par nostalgie regarderaient en arrière diraient: ’’dommage pour le pays, on aurait saisi la balle de la démocratisation en plein vol. Au lieu de le museler, on aurait laissé cet artiste s’exprimer. Après tout les mots ne sont pas des cartouches ou des Kalachnikovs’’.
            Le problème est d’ordre culturel. Quand, en homme cultivé et sagace,  Dr Mahdi el Manjra était aux commandes de cette télé, il y avait plus de débats politiques et  plus de liberté, malgré les réticences et susceptibilités du régime. Autre boniment: les retransmissions télévisuelles étaient en direct. Mais à cette époque-là, malgré les vicissitudes de la guerre froide, il n’y avait ni meute répressive, ni émeute  après  la mise ’’on air’’ de ces brûlantes émissions. En principe, cette brèche de tolérance devait aller en s’élargissant et englober d’autres secteurs. Hélas, rien n’en fut. Quand la deuxième chaîne envoya en prison un citoyen pour une opinion, les Marocains ont compris que le fameux système de ’’deux  poids deux mesures’’ est toujours de rigueur et qu’il fallait faire gaffe.  
Comment Bziz pourrait-il trouver son aise au sein de cette marmite où bouillonne un mélange fait de  suspicions, d’incriminations et  de persécutions ? Cet humoriste qui se distingue par son style et par son audacieux militantisme en voudrait aux patrons de l’audiovisuel qui l’avaient trahi. A un certain moment, on avait cru qu’on allait mettre un terme à son inique et absurde proscription. C’était une bulle de savon. On manquait de culot pour prendre une  décision salutaire et apaisante pour tous.
Par ailleurs, tout homme inapte  hissé dans des circonstances douteuses au rang de PDG ne peut apporter  que la perversité  et la gabegie, car il cherchera toujours des employés plus inaptes que lui  pour les dominer facilement. C’est en fait le constat le plus navrant  et le plus amer que nous ayons à supporter et qui fait du système audiovisuel marocain ce qu’il est, c’est-à-dire un secteur sclérosé et  improductif. Un secteur moribond où  les lamentations et les jérémiades sont plus retentissantes que les progrès accomplis. D’ailleurs quant aux petites éclaircies constatées sporadiquement, c’est aux étrangers qu’on les doit et non aux bras cassés qui épuisent le budget de l’Etat à regarder les autres faire leur travail. Ce qui est essentiel pour cette  téloche qui porte des œillères comme les chevaux de course, ce sont les actualités royales. Tout le reste est secondaire. Ce n’est pas la peine de chercher des programmes culturels. Il n’y en a pas, parce que c’est voulu.                
Rappelons qu’au Maroc et depuis son avènement, la télévision a été un instrument dirigiste de formatage et non un outil d’émancipation sociétale et puis d’épanouissement intellectuel. L’Etat a mis de son côté les médias audiovisuels, en laissant la presse écrite aux partis de l’opposition. Mais comme cette dernière était devenue puissante on changea de méthode. Au lieu du bâton on donne la carotte. La presse rentière remplace la presse militante. L’opposition cède la place à la juxtaposition. Ainsi,  tous les journaux de quel que bord qu’ils soient  obéissaient aux mêmes contraintes et impératifs.
 Parfois l’anecdotique s’insère dans le tragique.  Quand toute cette armada de journalistes affiliée au pouvoir atteint la méningite on se déploie en long et en large pour trouver un remède. Il ne faut pas que le futile gaspillage des deniers publics submerge tout. L’ère basriste est pleine de sobriquets qui au-delà des drames qu’elle génère donnent à rire. La première invention pour laquelle  le pays devrait entrer dans les annales des faits pervers, c’est d’adjoindre  l’information au ministre de l’intérieur. Même au temps de la colonisation où Hubert Lyautey le conquérant se vantait d’avoir pacifié des tribus en furie n’avait pas pensé à de telles prouesses. L’hybridation était à la mode. L’information en avait subi une des plus spectaculaires. Et pour lui donner un semblant de validité, on organisa un colloque pour faire bourdonner le bourdon à l’intérieur de la bouteille. On l’appela INFOCOM. Cette adjonction contre nature visait le journalisme d’opposition, qui commençait à dominer son vis-à-vis, rattaché organiquement au pouvoir. Le but non avoué était  de faire des journalistes des auxiliaires de l’autorité. C’était aussi l’époque où l’on collait des étiquettes aussi farfelues qu’inquiétantes aux opposants qui refusaient de courber l’échine. Un ingénieur marocain en pétrochimie qui devint brésilien,  mais ironie du sort, ce juif brésilien retrouva miraculeusement sa marocanité quand une amnistie fut décrétée en sa faveur. 
En  rattachant l’audiovisuel à l’administration centrale, les caïds relevant directement de ce département, et sans en avoir les capacités requises avaient rétréci le champs des libertés et même après la mort du ministre  Basri, le basrisme audiovisuel que l’on reconnaît aisément à travers son allure liberticide et inquisitrice, est toujours omniprésent. Quand l’information est asservie pendant deux  décennies, il en faudrait le double  pour l’aider à se relever  et encore faut-il avoir la bonne volonté pour accepter le changement de cap. Hélas, nous constatons les mêmes  réflexes et les mêmes impasses malgré l’entrée de la société marocaine dans le 3ème  millénaire.          
La télévision d’Etat dont le monopole semble entier et indivise jusqu’à nouvel ordre, a ses rites. Elle n’en rate aucun. Au mois du Ramadan, on la voit imposer, comme à l’accoutumée, son triste et débilitant  humour aux jeûneurs. Est-ce que la faim a besoin du rire pour recharger les batteries?  Cette tendance est à psychanalyser. La rupture du jeûne a-t-elle besoin d’un chatouillement d’humeur ? C’est devenu une embarrassante coutume, qui plonge à bras le corps dans le ridicule. Comme les cancres  de la téloche officielle voient toujours les petites choses au fort grossissement, alors ils pensent qu’il faut faire rire les gens pour qu’ils ne se révoltent pas. Une faim collective pourrait engendrer une grogne collective. Sur ce point ils n’ont peut-être pas tort, car le mois du carême est (les statistiques des hospitalisations le prouvent) le mois des bagarres sanglantes.  On se dispute à couteaux tirés pour des petites futilités. Ce mois dont les exégètes religieux  disent qu’il est le mois idoine du repentir et de la magnanimité laisse penser plutôt au contraire. Cette recrudescence sanguinolente ne peut être jugulée ni par la télé ni par ses clownesques guignols. Cela voudrait dire aussi que l’approche télévisuelle ’’pacificatrice’’ n’est pas la bonne, mais que c’est  l’affairisme le plus niais qui dicte de telles démarches.
Signalons en passant que c’est au  mois de ramadan que la télévision renfloue ses caisses avec les entrées de publicité et du sponsoring. Comme l’objectif n’est pas aussi noble qu’on le croit, alors on cherche  des farceurs et des bouffons pour jouer aux comparses. Ainsi, face à l’embargo dressé contre les vrais artistes comme Bziz, les intrus ont pris leur place. Abandonnant leur classe à l’oisiveté, certains instituteurs ratés mais qui croient avoir  le don d’amuser autrui, sont venus  concurrencer  les vrais humoristes. Conséquence, on tombe dans le simulacre, mais rien ne se fait dans la spontanéité. La caméra cachée est un jeu truqué, les sitcoms sont mal dirigés et infantiles, les sketchs sont dégoûtants. Enfin, si l’on s’obstine à ressasser et repasser les mêmes inepties, cela voudrait dire qu’on n’a pas de génie pour les idées neuves afin de présenter une alternative. Bziz et d’autres talents marginalisés en ont la leur, mais elle ne rentre pas dans le moule conçu par les décideurs du moment, qui font partie des principaux détracteurs du vrai génie du rire instructif.
Bziz a bien fait de refuser ce jeu malsain. S’il avait cédé à la tentation dépravatrice, sa crédibilité y aurait encaissé un sacré coup. Un artiste que la bêtise humaine offusque et que les injustices sociales font hérisser outre mesure, doit attendre des jours meilleurs où la démocratie imposera ses vedettes les plus matures et gommera les ratures du passé obscur.
RAZAK


Tuesday, June 07, 2016

Comment Equidia sauve les meubles du PMU français et des ’’pmuettes’’ qui tournoient autour ?



Quand le PMU français s’enrhume les parieurs du Maroc éternuent. Cette interdépendante causalité ne date pas d’aujourd’hui,  elle remonte à la période de la colonisation. Les Colons du début du siècle écoulé, parmi lesquels il y avait des maraudeurs et des recherchés de justice, étaient venus au Maroc avec leurs manies et tics de société. Les jeux du hasard en faisaient partie. On commença par la loterie qui, paradoxalement naquit ’’nationale’’ sans passer par le cantonal pour coller à la réalité  géographique, puisque dans la campagne on ne trouvait pas de bons numérotés qui donnent droit à une copieuse tirelire, quand la chance est du  côté du porteur . C’était un phénomène purement urbain. Dans les deux zones du Maroc colonisé, espagnole et française, on trouvait des colporteurs de tout poil qui comme le petit gamin mexicain du  film ’’Le trésor de la Sierra Madre’’  vendent des tickets de loterie. Les Colons sont partis mais leurs tics sociétaux sont restés ancrés dans la gestualité et la mentalité des autochtones.
Peu à peu et au fil des ans, la loterie cède la place au loto. Tout se qui se crée dans les anciennes métropoles française  et ibérique trouve une application non seulement au Maroc, mais aussi dans  les autres ex-colonies de l’Afrique du nord. Les années 2000 vont voir apparaître  d’autres jeux dans l’unique but est de soutirer l’argent des crédules. Après le kéno et  le quatro,  d’autres jeux de grattage sont apparus. Les accros s’en emparent, avec l’espoir de gagner le jackpot,  mais contre toute attente, ce dernier semble inatteignable. On rejoue pour la énième fois, toujours pas chance. Tout ça est un peu dingue, car comment peut-on parler de chance avec des chiffres  truqués ? D’où l’exode massif des ’’jeux de papier’’ aux courses de chevaux. Les ’’cocheurs-gratteurs’’ rejoignent  la fourmilière des turfistes qui se bousculent dans les cafés mal aérés et les bars malfamés du royaume. 
Contrairement aux  autres jeux du hasard  que le digital  d’escroquerie a frelatés, le  PMU reste le plus spectaculaire, mais il n’est pas  à l’abri des manigances et des manipulations secrètes. Un cheval classé dernier par la presse hippique  et qui se retrouve en tête du peloton d’arrivée suscite des interrogations. A-t-on dopé ce canasson ou a-t-on communiqué à la presse de fausses données  sur ce crack inaperçu ?
D’après ce qu’on raconte, le PMUM  transmué par nécessité affairiste en «société royale d’encouragement du cheval»  et le PMU français sont liés par une convention  préconisant le versement d’un certain pourcentage des sommes accumulées dans les jeux. Le maximum de la cagnotte  est atteint dans La course-support c’est-à-dire le quinté,  autrefois hebdomadaire avant de devenir quotidien, comme en France,  pays d’Europe où les courses s’effectuent sur son territoire. On manque d’informations sur ce deal et sur les cotas convenus  entre les deux parties. On ignore aussi où va l’argent gagné par cette société  marocaine à califourchon entre le privé et le public.  Ce que l’on sait c’est que le nombre de parieurs marocains augmente d’année en année et que, fait nouveau, des Marocaines commencent à y adhérer.  Elles aussi connaissent Bassire (Bazire) et Raffa (Raffin). Mais au lieu de dire sulky elles disent ’’tomobile’’ (voiture) et ’’lagrillage’’ à la place de stalle. Voiture à deux roues ?! Cela relève de la fantasmagorie.
Les Jockeys du Galop ignorent  comment les Marocains articulent leur nom. C’est l’occasion propice de leur faire savoir: Bouniya (Bonilla), Tallize (Thulliez), Pisli (Peslier), Jarnite (Jarnet), Soumia (Soumillon), Basqui (Pasquier), Guillo (Guyon), Chimino (Cheminaud). Le seul nom qu’ils  prononcent correctement est Farina. C’est facile à retenir puisqu’il correspond à l’amidon dont on fait le pain.  
Le PMU  au  Maroc et ses différentes incidences constituent un facteur de  sociologie urbaine, qui a besoin d’être analysé avec circonspection et latence par les spécialistes.
 ’’On doit occuper les gens’’, c’était le premier réflexe des premiers décideurs. Aujourd’hui, avec la crise économique, la donne a complètement changé. L’aspect moral est devenu secondaire. Il a été  vaincu par la nécessité existentielle de tous les jours.  On cherche une bouée de sauvetage, pour échapper à la misère, en se fiant aux quadrupèdes qui galopent, qui sautent ou qui trottent. Ce sont les retraités qui sont les plus assidus. Vivant à la dérive, ils cherchent un appui. Il y en a qui gagnent providentiellement, mais beaucoup d’entre eux y perdent une bonne part de leur pension mensuelle.   La société susvisée, gagne un ragent fou. Elle se contente de distribuer des programmes photocopiés  à 2 centimes l’unité.
Rappelons qu’on est dans un pays où la religion bannit les jeux du hasard. Mais comme pour les boissons alcooliques, il y a bousculade malgré l’interdit. Laissons ce sujet barbant aux psychosociologues les plus aguerris et continuons le décapage du phénomène Equidia, qui n’est pas difficile à observer, que ce soit en France pays d’où elle émet ses programmes ou dans les pays où l’on parle, en plus de la langue vernaculaire, le français. Il y en  a  toute une panoplie de bannières. Le succès d’Equidia le doit non seulement aux retransmissions instantanées des courses, mais aussi à la langue de communication, c’est-à-dire le français. Une Equidia en anglais  signifierait faillite.
Un petit rappel : au niveau hippique, le Maroc a ses traditions ancestrales. La fantasia en est un des plus spectaculaires. Autrefois, on en organisait presque dans toutes les villes et les ruraux des grandes plaines venaient amuser les citadins avec leurs prouesses. Ces fêtes ont disparu et il ne reste que quelques survivances disparates plus folkloriques que hippiques. Mais s’agissant des courses rémunérées, les Marocains font peu de confiance à leurs compatriotes. Les hippodromes du pays sont déserts et les pelouses, passant du vert au jaune, prouvent que  qu’il n’ y a  de recettes même pas pour assurer l’arrosage régulier des plantes. Le ’’Nesrani’’ (l’Européen) est à leurs yeux plus correct. Ce jugement hâtif  est une preuve supplémentaire de l’étourderie ambiante. Ils ne connaissent rien des dessous de table et de la mafia des courses européennes qui tirent les ficelles dans les coulisses. Ainsi, poussant le verbiage à son paroxysme cynique, certains turfistes berbérophones aiment répéter cette sentencieuse et revancharde phrase hissée au rang de proverbe : «Ida Öurribate Khouribat» (traduction approximative: arabiser c’est mener à la ruine). Ils n’osent pas  parler de la conquête par les Chleuhs de toutes les boutiques de proximité, ni comment en bons religieux ils se accaparés des bars laissés  par les Nesrani.
Pourquoi au Maroc le phénomène Equidia ne cesse-il de magnétiser les esprits de jeux, malgré son statut de chaîne étrangère captée par satellite ? Son émule la qatariote BeIN s’occupe des footeux. La filiale d’Aljazeera, ne réagit même pas au piratage de ses programmes dont se livrent les gérants de cafés marocains.
L’apparition en France de la chaîne Equidia  a tout bouleversé. Au début elle cherchait à vivre des courses, en pariant sur l’audimat. Elle fait du simulcatsing un critère de compétitivité. Aujourd’hui elle est parvenue non seulement à tirer son épingle du jeu, mais aussi  elle est devenue un partenaire incontournable dont le succès fait des envieux. ’’Canal +’’  voulait casser le monopole, mais elle n’y parvient pas. Une «course-quinté»  insérée dans un programme généraliste n’était pas la bonne option pour doper l’audimat de la chaîne. Par contre un enchaînement non-stop qui va pratiquement de la matinée à la tombée de la nuit, c’est plus captivant pour les fous du turf. Sans oublier les documentaires el les émissions du ’’talk turf’’ qui meublent les espace-temps  creux.
Aujourd’hui, cette chaîne du cheval s’érige en un véritable meneur de jeu, avançant à pas surs et bien calculés. Elle a fini par s’adjuger une bonne part du marché avec en sus le rôle de «sauveur malgré lui» (pensez  à la comédie de Molière). On ne peut pas imaginer le PMU sans Equidia. Si un jour cette dernière tombait en panne le PMU ferait Tilt comme faisaient les flippers Gottlieb d’antan. Les ’’pmuettes’’ maghrébines et créoles qui en dépendent  subiraient le même coup. Autre preuve de sa suprématie,  elle influe sur la clientèle des cafés et des bars. Le couple Equidia–PMU assure des bénéfices échappant à toutes concurrences. A Mohammedia ville côtière où se trouve une raffinerie de pétrole, le propriétaire d’une brasserie se trouvant tout prêt du port a fait des  pieds et des mains pour qu’on lui restitue l’autorisation du turf. Privé du  guichet PMU, il a remarqué que deux tiers de la clientèle ont disparus. Ils sont allés se bousculer dans un autre bar jouxtant le jardin municipal et la gare ferroviaire. Un bar hors-la-loi où tous les excès sont permis, puisque la flicaille corrompue le couvre.
A Paris et à Marseille,  j’ai remarqué le même phénomène. Les Bars-tabac-PMU ne désemplissent pas. Ce sont les Maghrébins qui y séjournent en permanence. Uni pour le meilleur et pour le pire, le couple précité est omniprésent. Equidia et PMU France ont fait pacte de vivre ensemble jusqu’à la fin des jeux, même si les rapports comiques où l’on vous donne comme gain un mentant égal à votre mise risquent de nuire à leur longévité. La seule différence par rapport  aux insalubres grottes du turf marocain, c’est qu’on perd élégamment son argent dans des conditions peu contraignantes. Il n’y a pas d’engueulades et de bousculades. On a installé des machines automatiques de validation pour éviter les encombrements. Mais en multipliant à l’infini les enjeux (multi, 2 sur 4…) le PMU français s’engage dans une nouvelle direction pleine de risques pour sa survie. On va vers la saturation. Or, il ne faut pas oublier que les paris et les gains obéissent à la même dialectique que celle qui régit  l’offre et la demande, dans les affaires économiques. Quand la  cagnotte à partager entre les gagnants  devient dérisoire, le jeu ne vaut pas la chandelle. Miser de grosses sommes pour gagner des miettes, c’est ce qu’il y a d’absurde à concevoir. Mais il semblerait que le souci primordial des organisateurs de jeux  c’est le maintien dans le circuit et au diable la cagnotte. Ils trouvent en Equidia un auxiliaire tout dévoué à la cause et dont les intérêts et puis  le sort sont étroitement liés. L’un ne peut vivre sans l’autre.
L’hippodrome est vide,  mais les caméras  ne focalisent que sur les chevaux qui courent.
«Pourquoi le stade est vide ? Pourquoi les propriétaires de chevaux engagent-ils leur écurie dans un spectacle sans public ?», une chaîne commerciale ne se pose pas des questions de ce genre. Même la presse écrite laisse paraître les mêmes signes laxistes et défaitistes. En sauvant les apparences et les meubles du PMU, Equidia parvient à sauver les siens, car pour danser il faut être deux. Mais attention  aux faux pas. Une chute mortelle peut briser la cadence et arrêter le bal, une fois pour toutes .
RAZAK  

Friday, June 03, 2016

Le journalisme de petite besogne et la contagion suicidaire


Le journalisme de petite besogne

et la contagion suicidaire

C’est un journalisme mercantile où l’on va doit au but matériel recherché et au diable la vérité historique. S’offrant aux plus offrants, il fait du décousu de belles étoffes. Les journaleux qui s’y adonnent à cœur joie ou à contre cœur  sont des  costumiers de mauvais vaudevilles. Des farceurs impénitents. D’abord ils ne respectent ni l’intimité des mots, ni la déontologie en vigueur. De l’adverbe muet  on fait un ourlet et de la majuscule une dentelle. Ensuite comme des écervelés  amnésiques, ils ne se rendent même pas compte des méfaits commis. Comme ils sont incultes, ils sautent du coq à l’âne et du lièvre à la vache avec une aisance inouïe. Chez eux tout est galvaudé à outrance. Cependant, c’est l’autre côté de cette miteuse cavalcade qui inquiète. Comme par paradoxe , cette désinvolture mesquine plait aux magnats outrageusement argentés,  imbus de leur personne et plus que Narcisse ils sont fous de leur piètre parure. Les portraits que l’on brosse d’eux avec de la  cannelle alphabétique et que l’on épice avec du girofle-somnifère sont en réalité des caricatures. Ces tatoueurs de pacotille qui (ô malheur !) ont une carte de presse se moquent de l’imbécile crédulité  des demandeurs. Le but est de gagner de l’argent en écrivant des sottises. Les commanditaires de cette loto-rature qui misent sur des chiffres poisseux tombent dans le gouffre qu’ils ont creusé de leurs propres poches. Ce qu’il y a de tentaculaire dans cette pratique journalistique sans  ennoblissement, c’est qu’elle est contagieuse et fâcheusement exhibitionniste.  
Avant la duplication  sonore et visuelle, elle a gâché l’écriture. L’odieux visuel qui a avachi le peuple est plein de ratures,  de fanfaronnades , de sornettes  et d’histoires à dormir debout.
Autre lacune misérabiliste, ces petits capitalistes de la presse vendue sont incorrigibles et indomptables. On ne peut pas les dissuader par une quelconque argumentation, car ils s’associent avec le diable.  Ne demandez pas à Marx de corriger leurs erreurs, c’est inutile. Le pavlovisme le plus castrateur les a formatés à jamais. Ne dit-on pas: « affamez votre chien il vous suit ». Ce pauvre Marx a été exploité par des demandeurs de profits rentiers. Ils ont fait de ce philosophe de l’économie une passerelle pour accéder à des postes rémunérateurs.
Monsieur le gauchiste est devenu ambassadeur, Bravo pour l’ascension. Mais où sont vos diatribes  et vos tonitruants coups de gueule ? Qu’est-ce qui a changé pour changer le fusil d’épaule ? La lutte des classes a fini par de gros billets  de banque. Marx devrait s’arracher la barbe dans son caveau. Les Retourne-vestes veulent rattraper le temps perdu. Il faut profiter du système avant que ce ne soit trop tard. C’est une nouvelle doctrine plus forte que la religion et comme elle est contagieuse elle est devenue l’apanage de ceux qui jonglent avec les mots complaisants et qui acceptent de faire le singe dans cette jungle urbaine où le plus riche dicte la ligne à suivre au  plus pauvre.
Chez les journaleux carriéristes, il n’y a pas de place au militantisme. Il faut  nourrir la  progéniture d’abord, en vendant aux magnats publics ou privés des mots tirés par les cheveux et griffonnés à la hâte, mais bien astiqués et alambiqués pour ne vexer personne. Comme la multitude n’aime pas les loosers, ces crieurs de la presse ne chôment pas. Ils vivent à la merci de ceux qui gagnent.
«Démocratie religieuse, unanimité électorale, guerre propre, générosité bancaire…» il faut être dans un état d’ébriété excessif pour pondre de telles difformités langagières. Ainsi quand l’ivresse s’empare des mots lucides, ce n’est pas la peine d’aller fouiller dans les dictionnaires. Les mots insalubres ont souillé leurs pages. Tout va à la trappe. Avec ces cafouilleurs la vérité est et sera toujours en détresse.
RAZAK