Monday, July 02, 2012

Ciné-Répliques à méditer : Resurrecting the champ



Réalisateur: Rod Lurie
Scénario: Michael Bortman et Allison Burnett
D’après une histoire vraie publiée par J.R Moehringer  dans le Los Angeles Time

Idée saillante: Les gens ne veulent pas connaître la vérité

Le journaliste sportif Erik Kernan (Josh Hartnett) est apparu dans une petite chaîne TV. Le lendemain, une chargée de casting travaillant pour un groupe audiovisuel puissant l’approche en vue de le recruter. Dans l’entretien qu’il a eu avec cette plantureuse femme, qui a l’air de  s’y connaître dans son domaine, il va découvrir d’autres vérités qui vont bousculer ses idées sur le journalisme. 

-Erik: Je ne sais pas exactement…si ça a bien été.
-Casting-girl: Vous étiez bien. Photogénique.
-Erik: Bien…merci.
-Casting-girl: C’est la beauté de la télévision. Bous n’avez qu‘à être vous-même, rien de plus. On m’a dit que votre père était une vedette dans le monde de la boxe, qu’il était un vrai poète.
-Erik: Oui, il était un peu…
-Le serveuse: Votre scotch. 
-Erik: Merci. Alors…si ça se concrétise et qu’on en vient à une entente … il faudrait que je puisse continuer dans le journalisme, donc travailler à temps partiel. Et…
-Casting-girl: Et bien, il s’agit d’un emploi à plein temps Erik. Oui. Et avec un  plein salaire. Erik, regardez-moi bien. Vous regardez.  Ai-je l’air de quelqu'un qui à la moindre connaissance en boxe. Ai-je l’air de quelqu’un qui sait la différence entre un crochet et un uppercut ? Ou ce qu’est un compte de huit contre un boxeur ou une pénalité pour retenir. Je n’ai pas à m’y connaître. Ca n’a pas d’importance. Parce que Showtime a le plus grand nombre d’experts dans le domaine. Nous dépensons une fortune pour être les meilleurs au monde. Et moi, je suis chargée du casting et je suis là pour aider Showtime à faire ce qu il fait le mieux, c’est-à-dire divertir et engourdir son auditoire. Parce que tout, absolument tout, est fait afin de divertir l’auditoire. De nos jours, il n’y a plus de journalisme, plus de nouvelles. Les gens qui s’accrochent à l’espoir d’arriver à informer le monde ne sont que légèrement moins naïfs que ceux qui pensent échapper  à un tsunami. Et s’il y a une chose que les gens ne veulent pas connaître, c’est la vérité. Celui qui a gagné…
-Erik: McCracken.
-Casting-girl: Croyez-vous qu’il y en a qui veulent vraiment savoir à quel point son cerveau a été massacré ce soir? Qu’on leur dise que son gérant va presque tout lui voler ou qu’on leur parle de la vie misérable qu’il va mener dans quelques années. Il finira peut-être dans la rue….comme votre sans-abri. Vous croyez que ça les intéresse? Et bien, non. C’est non. Les hommes veulent voir le triomphe. Et les femmes, elles … Et bien, vous êtes là. Avec juste assez de crédibilité pour ne pas que leur mari soit jaloux.
-Erik: Ça ne… Ça  ne ressemble vraiment pas à un emploi
-Casting-girl: Oui peut-être, mais c’en est tout de même un.

 L’idée du film est assez intéressante. Un journaliste ayant plein de déboire avec son patron sauve un sans-abri d’une bagarre. Il va découvrir qu’il s’agit d’un ancien champion de boxe. C’est le grand scoop. Alors il se met à raconter son histoire dans le journal. Le succès fut immédiat. Mais la fin de l’histoire connaît un rebondissement inattendu. Le champion qu’Erik voulut ressusciter  n’est pas Bob Satterfield  mais  un de ses adversaires. Le journaliste en fut humIlié.
Samuel Lee Jackson qui a interprète ce rôle de vagabond  est excellent. Quand à Josh Hartnett l’on note quelques maladresses incongrues notamment pour l’incarnation du journaliste sportif. Il s’agit de boxe, rappelez-vous. Il est trop beau pour un tel rôle. Il manquait un peu de rudesse, je veux dire quelques égratignures sur le visage et des tatouages sur le bras. Face à la recruteuse, il parait d’une naïveté infantile. Ce sont  le scénariste et le réalisateur qui en ont fragilisé la parure et la stature. Josh Josh Hartnett a fait ses débuts dans un film à l’eau de rose qui s’intitule «Virgin Suicides» avec James Wood comme acteur principal. Mais quand à Samuel Lee Jackson, il a fait les quatre cents coups. On aura l’occasion d’y revenir sans d’autres répliques plus sulfureuses.
RAZAK  

Sunday, July 01, 2012

Que va-t-il se passer le 21/12/2012?

Si la prophétie des Mayas se réalise, ce sera le chaos. Le jour fatidique du 21/12/2012, qui approche à la vitesse supérieure, sera-t-il le dernier à vivre sur terre ou tout simplement une spéculation irrationnelle proche du canular? Les prédicateurs Mayas qui faisaient du soleil un astre de culte, au même titre que les Anciens Grecs (Apollon)  et les  Égyptiens des temps hiéroglyphiques (Râ) nous ont légué un os d’une texture bizarroïde avec, en sus, un summum de frousse  et de redoute. Une peur viscérale  nous est induite par cette prédiction que de nombreux scientistes mayanistes commencent à prendre au sérieux. Une fin du monde ça interpelle tout le monde. Que l’on soit religieux ou athée, les brusques ruptures espace-temps donnent du vertige. Que va-t-il se passer le jour «j»? Une explosion du fourneau solaire? Une extinction subite de sa dynamo à hélium pour nous plonger dans une nuit éternelle et outrancièrement glacée? Une augmentation  anormale de la vitesse de rotation de la terre avec disparition de l’apesanteur ou une collusion avec d’autres astres ou astéroïdes? Une coagulation de l’air ou la transformation des nuages en blocs de glace? La fonte de tout ce qui est amoncelé sous forme de canyon de glace ou le sectionnement du globe terrestre en deux morceaux comme on sectionne une pastèque? Un brusque changement catalytique des métabolismes cellulaires pour que les poules se mettent à pondre des œufs plats et circulaires, comme les compacts disques ou l’arrêt brutal de la faculté de discernement chez les humains? Si ce que disaient les devins de cette peuplade disparue s’avère vrai ce sera la grande catastrophe.
Terriens, vous êtes avertis. Le compte à rebours a commencé. Préparez-vous pour le grand rendez-vous. L'Apocalypse,  qui par ailleurs avait été mentionnée dans moult écrits religieux et profanes, approche. Le new big-bang de l’anéantissement final se profile à l’horizon. L’euthanasie générale avance vers nous, à grandes enjambées. Il n’y a pas d’échappatoire. Donc pas la peine de chercher un petit sapin, pour enguirlander la prochaine fête de Noël. Il n’y aura plus de réveillon. Car après cette date, on entre dans la Non-Histoire et l’univers va devenir  un simulacre poussiéreux de lui-même, une négation de ce qu’il était. Pour les affaires d’ici-bas, tout sera réglé d’un seul coup. Les dictateurs du monde terrestre n’auront plus de cobayes apprivoisés, sur lesquels exercer leur sadique autocratie. A quoi serviront les cahiers de charge ou les cahiers de dettes portant le paraphe de la Banque Mondiale? Les pauvres et les riches seront à égalité. Les châteaux et les taudis seront pris au même, des ruines. Les propriétaires terriens seront dépossédés de ce qu’ils croyaient être leur bien. Les indéboulonnables vont enfin être déboulonnés par les circonstances exténuantes. Les voyants et non-voyants vont voir ce qu’ils n’avaient jamais vu: la désintégration totale de la matière inerte et l’extinction irréversible des espèces vivantes.
Il n’est pas aisé d’imaginer une fin du monde, malgré les diverses extrapolations rendues possibles grâce aux progrès de la science. Du point de vue cosmologique, on sait qu’une petite déviation de quelques millièmes de degrés de l’axe polaire, le globe terrestre sera désorienté et nous emmènera dans sa course folle, comme une limaille de fer accrochée à un électro-aimant ayant tout à coup perdu son champ magnétique. On sait aussi que les icebergs n’attendent que quelques diaboliques degrés Celsius de plus pour nous plonger dans un déluge sans fin. Le trou d’ozone, apparu ces derniers temps, donne aux anciens Mayas quelques arguments supplémentaires. En effet, se basant sur un calendrier dont les Mayas étaient les seuls à connaître l’origine, les accros du perspectivisme ont fait un sérieux pronostic. Il donne du frisson. Hollywood s’est déjà mis au diapason mortuaire. Le «life-ending» le fait trembloter. Il lui a dédié comme offrandes sacrificielles de nombreux films assistés par ordinateur ou produits à l’ancienne. En effet, un film porte justement comme titre: «2012». Un autre parle d’une glaciation accrue paralysant toute activité humaine. Il s’intitule «2012 Ice Age». Évidemment, on n’y parle pas d’ice-cream mais «ice-death». La fin des mondes imaginée par nos pourvoyeurs d’images n’a rien à voir avec celle que les Mayas devinaient.
Terriens, encore une fois, vous êtes prévenus. De deux alternatives l’une: soit vivre chaque instant de l’intervalle restante avec autant de plaisir que de ravissement, en attendant l’imminent  jour du purgatoire, soit  endosser le burnous austère du dévot pour passer les mois à venir, dans la  prière et le recueillement, pour implorer la clémence et la miséricorde divines.
Pauvres Mayas! Ils se sont fait gourer comme les ermites du Vatican qui croyaient que la terre n’était pas ronde. N’ayez pas crainte, il y aura un lendemain à ce jouir visé par les Nostradamus Mayas. C’est moi qui vous le dis avec conviction et détermination. Mais vous n’êtes pas obligés de me croire. Il y aura un  22/12/2012 et un 23/12/2012. J’ajouterai qu’ils seront (comme ceux qui lui succéderont) des jours radieux et resplendissants. Après le 21 décembre 2012,  les catastrophistes des temps anciens et leurs supporters ésotériques vivant avec nous,  recevront plein la gueule, une claque accompagnée d’un cinglant démenti. Tout ne sera qu’un canular dû à de mauvaises croyances surannées. Ce dont on est sûr c’est que la vie va continuer et qu’après cette date, les retraités marocains de la fonction publique, dont le nombre va crescendo par rapport aux actifs, auront des problèmes avec leur caisse. Quand à la fin des mondes, son heure n’est pas encore venue. Pour vous rassurer, veillez accepter cette modeste démonstration que le peu de rationalité, préservée depuis les bancs scolaires, m’autorise à rendre vôtre. Ce qui avait trahi les devins Mayas, c’est cette numérologie fatidique basée sur la symétrie numérique et la référence au calendrier grégorien. Or, il existe d’autres calendriers comme ceux que les Chinois et les Musulmans adoptent. Lequel est concerné? Le 21/12/2012 de l’Hégire est très lointain. Beaucoup de siècles nous en séparent. Autre contre-exemple qui nous renvoie à la sphéricité quelque peu ovoïdale de la terre et à la célèbre phrase galiléenne «malgré ça elle tourne». Avec les fuseaux horaires on n’a pas la même date. Quand minuit sonne au Yucatan (fief des anciens Mayas) il fait jour à Beyrouth, d’où le quiproquo de datation. Qui vont disparaître les premiers les Guatémaltèques ou les Libanais? Si on avait le même éphéméride on aurait donné un peu de crédit à cet ultimatum fantaisiste. Donc tout cela ne sera que du baratin ésotérique et une supercherie. Les Mayas avaient besoin d’un Confucius de leur sang et d’un Ibn al Haytham (père de l’optique) éveillés pour chasser les idées morbides.
   RAZAK 

Saturday, June 30, 2012

Ciné-Répliques à méditer: I am Sam

Réalisateur: Jessie Nelson  
Scénario: Kristine Johnson et Jessie Nelson

Idée saillante: Tu es venue au monde, parfaite. Et moi, je suis né comme ça

Sam (Sean Penn) est  attardé mental. Les services sociaux veulent confier sa petite fille Lucy (Dakota Fanning) à une autre famille pour l’élever. Dans sa plaidoirie du premier round, l’avocate Rita Harrison (Michelle Pfeiffer) n’a rien pu faire pour que Sam  récupère son enfant.
 
-Rita: Sam, je peux entrer. Sam.
-Sam: Il n’y a pas beaucoup de place ici. Non, il n’y a pas beaucoup de place ici.  
-Rita: Ne t’en fais pas. J’ai l’habitude d’être un peu à l’étroit. Je suis née à New York.
-Sam: Ouais, c’est parce que je rends les choses trop difficiles pour tout le monde. Ouais, je rends les choses difficiles pour tout le monde.
-Rita: Sam, je suis résolue à faire encore neuf rounds, mais il faut m’écouter. S’il te plait, Sam. Te revoilà. Je retrouve ce regard plein de gentillesse. Alors, ton patron George m’a dit que tu avais besoin d’une pause.
-Sam: Je n’ai plus trop envie de travailler à Star-Box. Il y a trop de gens et moi ça me fait peur.
-Rita: D’accord, alors peut-être que…on peut te trouver un travail moins stressant parce que… Tu te rappelles bien que c’était une des conditions du  juge, que tu  gagnes plus d’argent. Tu dois essayer de gagner plus pour pouvoir  louer un plus grand appartement où Lucy aura sa propre chambre lorsque tu la récupéreras.
-Sam: Non, ce n’est pas la peine parce que Lucy n’a plus besoin de moi. Elle a une nouvelle famille aujourd’hui. Elle n’a plus besoin de moi.
-Rita: C’est elle qui t’a dit ça? 
-Sam: Non, parce que ça je le sais. Ouais, c’est parce que c’est une chose que je sais.
-Rita: Bravo. C’est la première chose stupide que tu n’aies jamais dite. Sam tu peux récupérer Lucy. Le tribunal privilégie la réunification. Mais, Sam, il faut que tu te battes pour elle.
-Sam: Ouais mais j’essaie de toutes mes forces.
-Rita: Tu dois continuer. 
-Sam: Mais tu ne te rends pas compte. Tu ne te rends pas compte
-Rita: Je ne me rends pas compte de quoi ?  
-Sam: Tu ne te rends pas compte de ce que ça fait, quand on essaie, on essaie, on essaie,  qu’on n’arrive jamais à rien. Parce que tu es venue au monde, parfaite. Et moi je suis né comme ça, et tu es parfaite.
-Rita: C’est ce que tu penses?
-Sam: Les personnes comme toi ne se rendent pas compte…
-Rita: Les personnes comme moi ?
-Sam: Les personnes comme toi ne savent pas ce que ça fait  de souffrir. Parce qu’elles ne savent pas ressentir. Elles n’ont pas du tout de sentiments, les personnes comme toi.

Après cette séance de vérité, la belle Rita va s’effondrer en pleurs. Elle dit à Sam  que les personnes comme elles se sentent laides. Elles se sentent  nulles, inutiles et totalement désemparées, parce que leur mari a trouvé une maîtresse bien plus parfaite que l’épouse légitime. Dans cette séquence entrechoquée, le récit devient dramatique, car celui qui avait besoin d’être consolé va faire l’inverse. Malgré son handicap, Sam a prouvé qu’il a bon cœur. Les patchworks qu’il confectionne  avec du papier montrent qu’il a des dons artistiques hors du commun et qu’il a les capacités d’élever sa fille, sans l’aide de personne.
Probablement, Sean Penn aurait  passé de rudes éprouves dans les répétitions, Nicholson  avait  fait dans le film: «Vol  au dessus d’un nid de coucou». Dommage que l’oscar 2002 du meilleur acteur soit dérobé à Sean Penn en faveur de Denzel Washington. Une nomination ne suffisait  pas. Quand à Dakota Fanning, l’enfant prodige du cinéma, l’on espère qu’en grandissant, elle sera toujours  aussi performante qu’elle l’a été à 6 ans. Le film est une sorte de dédicace posthume à John Lennon (Beatles).  
RAZAK  

Tuesday, June 26, 2012

Ciné-répliques à méditer:Will Penny

Réalisateur: Tom Gries
Scénario: Tom Gries 

Titre de la réplique: Un cheval qu’il ne faut pas jouer

Poignardé mortellement par une bande de hors-la-loi, Will penny (Charlton Heston)  est sauvé par Catherine  (Joan Hackett) une brave femme rêvant de l’Eldorado californien.  La cabane où elle se réfugie avec son fils Horace (Jon Gries) appartient à Alex (Ben Johnson). Cet éleveur de bétail est  le propriétaire d’un vaste ranch qui s’étale dans la vallée.  Catherine propose à Will de l’épouser, mais le cow-boy sent que l’âge le fuit. 

-Catherine: Comment ça s’est  passé?
-Will: Alex est en colère contre moi. Il n’a pas tout a fait tort. Il va vous descendre dans la vallée.
-Catherine: Vous venez avec nous. Vous voulez que nous y aillions et qu’on vous attende pendant que vous passerez  l’hiver ici? 
-Will: Je ne vais pas rester ici.
-Catherine: Nous partirons avec vous?
-Will: Catherine, mais vous êtes mariée.
-Catherine: Pardon?
-Will: Vous avez un mari.
-Catherine: Je n’ai jamais été vraiment mariée. C’est à peine s’il s’apercevrait de notre absence. Nous ne comptons pas pour lui. Vous vous êtes montré plus paternel avec Horace que son père ne l’a jamais été. Qu’est-ce qu’il y a Will?
-Will: Tout ça survient si vite. 
-Catherine: Will, avant de me décider à épouser Reuben, j’ai passé deux ans à réfléchir et à la fin je n’étais pas plus avancée. Aujourd’hui, je viens de me décider en quelques minutes, Will. Je n’ai pas la moindre hésitation.
-Will: Ca n’empêche pas que je vais avoir 50 ans?
-Catherine: Et alors?
-Will: Comment on va s’en sortir?
-Catherine: Et bien, il y a des quantités d’exploitations dans cette région. Will voyons et avant quand nous causions, comment croyez-vous qu’on allait s’en sortir?
-Will: Je n’en sais rien. J’ai jamais pensé réellement  à ce qui se passe maintenant. J’étais loin de croire que…
-Catherine: Will, est-ce que vous m’aimez? 
-Will: Qu’est-ce que je connais moi à l’amour? L’amour, je crois que c’est ça ce que je ressens  et encore plus. Je n’ai jamais ressenti une chose pareille pour personne. J’ai envie que vous et le petit m’apparteniez mais …
-Catherine: Mais?
-Will: Ça exige un sacré bout de temps, des années pour se faire un gagne-pain. Des années, c’est  malheureusement ce qui me manque. Une exploitation?! On va commencer avec quelques misérables vaches cet été. L’an prochain en janvier  je me casserais la tête pour essayer de  vous nourrir vous et le petit et le bétail…et moi.
-Catherine: Ce n’est pas nécessaire d’avoir un ranch, on prendra une ferme.
-Will: Je connais rien au métier de fermier.
 -Catherine: Moi, si.
-Will: Je suis un cow-boy Catherine. Je n’ai jamais été qu’un cow-boy dans la vie. 
-Catherine: Vous avez le trac?
-Will: Et comment ? Seulement le trac. Je vous l’ai dit, rappelez-vous. J’ai vécu d’une seule façon ma vie entière. Comment je ferais l’année prochaine, que je fasse vivre vous et le petit  en comptant sur six vaches squelettiques, qu’est ce qui me resterait à faire alors?
-Catherine: A nous aimer.
-Will: Sacré Dieu! C’est très dur de monter un élevage, très dur. Imaginez que j’aie les pieds gelés ou je me casse un bras, on crèvera tous de faim. Est-ce que c’est l’amour qui nous sauvera?
-Catherine: On doit espérer, en tout cas. 
-Will: Je me suis tellement attaché à vous que je ne le serais jamais maintenant à n’importe qui. J’ai vu comment la vie aurait pu être, mais c’est trop tard trop Catherine. Trop tard pour moi. Je suis un cheval qu’il ne faut pas jouer. Je vous souhaite toutes les chances. Ah! Ça oui, je vous les souhaite. Je l’aime ce petit. Bonne chance. 

Ne voulant pas vendre son scénario, Tom Gries décida de le réaliser lui-même. C’était son premier film pour le grand écran, car auparavant il faisait des séries télévisées. Ce premier coup d’essai fut une réussite. Un film sans les fioritures habituelles et d’un réalisme épatant. Dès la première lecture des pages qu’on lui avait remises, Charlton Heston (l‘acteur principal) fut enthousiasmé. «On savait que ce serait un bon film» disait-il avant d’ajouter: «De tous les films que j’ai vus, celui-ci est le plus fidèle  à ce qu’était le Far West».
John Hackett fut très crédible dans son rôle de pionnière de l’Ouest. Au moment de la séparation avec Will elle parut plus sure d’elle que ce cow-boy désappointé par l’âge. Cette triste fin a contrasté fortement avec les westerns hollywoodiens finissant le plus souvent en happy end. La réplique choisie se trouve à la fin, dans la séquence la plus émouvante du film.
RAZAK     

Saturday, June 23, 2012

Ciné-répliques à méditer: Les raisins de la colère


Réalisateur: John Ford
Scénario: Nunnally Johnson
D’après une nouvelle de John Steinbeck
Titre de la réplique: Je serai là où les gosses rient  quand ils ont faim
  
Recherché par la police, Tom Joad (Henri Fonda) est obligé de quitter le campement  avant l’aube. Dans sa tête les idées progressistes  de son ami Casy (John Carradine)  résonnent. Alors que la famille sommeille, sa mère madame Joad (Jane Darwell) est la seule à lui faire les adieux.

-Madame Joad: Assieds-toi une minute. 
-Tom: J’aimerais rester maman. J’aimerais être près de toi et voir ta tête quand papa et toi vous vous serez fixés dans un beau petit coin. J’aimerais bien vous voir alors, mais je crois que je n’aurais plus jamais cette chance maintenant.
-Madame Joad: Je pourrais te cacher Tommy. 
-Tom: Je sais que tu le feras, mais je ne te laisserai pas le faire, parce que si tu caches quelqu'un qui a tué un type, tu as de l’ennui aussi.   
-Madame Joad: Très bien Tommy et alors qu’est-ce que tu as l’intention de faire?
-Tom: Tu ne  sais pas à qui je viens de penser? A ce pauvre Casy, à tout ce qu’il a dit, ce qu’il a fait, comment il est mort et je me suis souvenu de tout.
-Madame Joad: C’était un brave homme!
-Tom: J’ai pensé à nous aussi et aux nôtres qui vivent comme des porcs et à cette bonne terre laissée en  friche, ou peut-être à un  type qui a un million d’arpents, alors que cent milles fermiers crèvent de faim et  je me suis dit que si tous les nôtres s’unissaient et gueulaient…
-Madame Joad: Oh tommy, ils te pourchasseraient et ils t’écraseraient tout comme ils ont fait à Casy.
-Tom: Ils me pourchasseraient de toute façon. Tôt ou tard, ils finiraient par m’avoir pour une chose ou pour une autre. D’ici-là …
-Madame Joad: Tommy tu n’as pas dans l’idée de tuer quelqu’un ? 
-Tom: Non maman, pas ça. Ce n’est pas ça, seulement, mais puisque je suis  hors-la-loi de toute façon, peut-être que je peux faire quelque chose. Peut-être que je pourrais trouver une réponse. En fouinant  partout, peut-être que je trouverais ce qui ne va pas et puis voir s’il y a quelques chose à faire pour ça. Je n’ai pas tiré ça au clair maman. Je ne peux pas. Ce n’est pas assez…  
-Madame Joad: Mais comment  j’aurais de tes nouvelles Tommy? Mais Ils pourraient te tuer. Je n’en saurais rien. Ils pourraient te faire  mal, comment je le saurais?
-Tom: C’est peut-être, comme Casy disait : «un homme n’a pas  une âme à lui tout seul, mais rien qu’un petit morceau d’une grande âme. La grande âme commune qui appartient à tout le monde », alors…
-Madame Joad: Alors quoi Tom ?
-Tom: Alors ça ne fait rien. Je serai partout, dans l’ombre. Je serai partout. Partout  où tu seras.  Partout  où il y aura une bagarre pour que les gens puissent bouffer je serai là. Partout où il y aura un flic qui frappera un gars, je serai là. Je serai là où les types  gueulent quand ils deviennent enragés et je serai  là où les gosses rient  quand ils ont faim et qui savent que la soupe est prête. Et quand les gens mangeront les choses qu’ils font  pousser et vivront dans les maisons qu’ils construisent , je serai là aussi.
-Madame Joad: Je ne comprends pas tout ça Tom.
-Tom: Moi non plus maman. Mais c’est une chose à laquelle j’ai réfléchi. Donne-moi ta main  maman. Adieu!
-Madame Joad: Adieu Tommy ! Plus tard  quand tout seras passé, tu reviendras?
-Tom: Bien sûr, maman.
-Madame Joad: Tom, nous ne sommes pas de ceux qui s’embrassent, mais… 
-Tom: Adieu maman!
-Madame Joad: Adieu Tommy!...Tommy

Un grand écrivain (John Steinbeck), un grand réalisateur (John Ford) et un grand acteur (Henri Fonda), voilà ce qui se dégage de ce film  néo-réaliste à l’américaine. Même les seconds-rôles sont excellents. La mère et le pasteur Casy qui a perdu la foi pour se dévouer à la cause des opprimés sont des personnages-clefs  de cette merveilleuse histoire. Juste après les adieux, le son de l’accordéon illustre la lourdeur de la tristesse que l’on a dans le cœur. Il gémit comme dans une oraison funèbre. Ces notes attristées résument les déceptions et  l’absurdité du sort de cette faille chassée de sa terre et puis condamnée au nomadisme routier. Un road-movie d’une poignante réalité. Un film à voir et à revoir.         

Wednesday, June 13, 2012

Ciné-répliques à méditer: En route pour la gloire




Réalisateur; Hal Ashby
Scénario; Robert Getchell
Inspiré d’un récit  autobiographique

Fauché et sans emploi Woody Guthrie (David Carradine) vadrouille. Il fait l’autostop. Un couple de bourgeois le transporte dans sa bagnole. Ne contrôlant pas son langage, le chauffeur fortuné (Emett Walsh) commet hautainement une bavure langagière. Guthrie y réplique avec son humour cynique. On le fait descendre au milieu du trajet.  


-Emett: Nous avons tout fait, Les Chutes du Niagara, Washington, La Nouvelle Orléans et Chicago et cet hiver on a passé deux pleines semaines sur une plage de Miami
-Woody: C’est bien, ça doit être intéressant
-Emett: Passionnant, mais il y avait des gens qui ne sont pas comme vous. On voit toutes sortes d’endroits on va dans des restaurants qui vous changent
-Woody: J’ai fait une découverte sur la nourriture depuis que j’ai pris  la route 
-Emett: Ah oui, quelle est-elle ?
-Woody: J’ai découvert que plus on mange plus on chie  

Le titre originel du film «Road of glory» est tiré d’une chanson de Woody Guthrie intitulée «This train bound for glory». L’homme qui avait  écrit sur sa guitare; «This machine  kills fascists» bazarda un tas de propositions juteuses comme le travail avec CBS. Il préféra  se joindre aux cueilleurs de coton et aux ouvriers agricoles. Il leur offrait ses chansons. Il fut à maintes reprises roué de coups pour son militantisme. Avec Ozark Bule, un autre chanteur engagé, il devait affronter les sbires enrôlés par les propriétaires des plantations californiennes. 
Guthrie est une légende du folksong contestataire. C’était un homme libre. «Il ne faut jamais dépendre de quoi que ce soit» disait-il. Il n’aimait pas être manipulé par les imprésarios cupides. ll n’aimait pas marcher à la baguette, mais plutôt chanter tout en marchant: 
«Je déteste une chanson qui vous fait croire que vous ne valez rien. Je déteste une chanson qui vous fait croire que vous êtes né perdant, fatalement perdant, bon pour personne, bon à rien, parce qu’on est ou trop vieux ou trop jeune, trop gras, trop maigre, trop laid, trop ceci ou trop cela, des chansons qui vous dénigrent et celles qui se fichent de vous parce que vous avez été malchanceux ou que vous avez trimé. Je pars en guerre contre toutes ces chansons-la  et je me bâterai jusqu’à mon dernier souffle,  ma dernière  goutte de sang.  je suis ici pour chanter et vous prouver que ce monde vous appartient, même si  vous avez reçu des coups de pieds au Q, même si ce monde vous a renversé et écrasé, quelques soient la couleur de votre peau, votre taille et votre corpulence. Je suis ici pour vous chanter des chansons qui vous rendront fiers de vous».



Saturday, May 26, 2012

Houria Boutayeb la Jeanne D 'Arc de l'audiovisuel marocain

Houria Boutayeb la Jeanne D’arc de l’audiovisuel marocain

Par Razak

Une femme avec le courage d’un homme. Elle est  belle et elle est fière de sa dignité. Une femme qui honore les autres femmes et qui m’honore en tant qu’écrivain marocain. Elle s’appelle Houria Boutayeb, une Tétouanaise de pure souche qui mérite toutes les éloges et le respect complet, car de nombreux «chlaghmia» (moustachus à la turque) de la SNRT n’ont pas eu le courage de dénoncer ni le mauvais traitement bureaucratique dont ils sont la cible, ni le calvaire dont ils sont les victimes et cela depuis des lustres. Ainsi par lâcheté, ils n’ont pas pu participer à l’action de soutien du vendredi 25 mai. Mais l’adage marocain dit: «une poignée d’abeilles vaut mieux qu’une nuée de mouches». La direction qui avait mis dans le collimateur (de licenciement) Houria s’est enfin rétractée. Une pléiade d’hommes et femmes libres s’est solidarisée avec elle, considérant que son combat est le sien. Ces militants ont crié leur ire envers les frileux Baltagiés qui ont manigancé tout  un  «cirque de signatures» pour discréditer la brave présentatrice TV.
Houria n’a pas été licenciée. C’est une victoire. Ces militants de la SNRT mobilisés pour une bonne cause savaient qu’ils risquaient leur poste (vu l’autocratie bureaucratique ambiante) mais la détermination était à son paroxysme et la fidélité au rendez-vous.
Bien que je ne sois pas un employé de cette boite, j’ai , par principe, participé  à cette action de soutien, car j’en ai marre de la stagnation, de l’impasse et du laxisme dont font montre les gestionnaires de cette institution financée par l’argent du contribuable et qui jette les billets de banques  par la fenêtre. Beaucoup de cancres en ont profité. On nous a dit qu’avec la promulgation de la nouvelle constitution il n’y aura plus d’impunité, que tous les magouilleurs seront appréhendés et mis hors d’état de nuire et puis que les citoyens seront sur le même pied d’égalité. Mais jusqu’à preuve du contraire, on manque de preuves tangibles. Dirigé, depuis jadis, d’une main de fer, le système audiovisuel marocain a besoin d’une purge en profondeur et d’une nouvelle restructuration. J’ai publié des dizaines d’articles sur ses dysfonctionnements, défaillances et errements (voir archives de presse et de l’Internet) mais il semble  que l’on s’adresse à des fantômes parce que  le système de «Taret Maâza» (inspiré de l’anecdote de la chèvre qui s’envole) est toujours de mise. 
Enfin, paraphrasant le célèbre poète français Jaques Prévert l’on pourrait dire au sujet de Houria Boutayeb, la Jeanne d’Arc de l’audiovisuel marocain: «Elle a dit la vérité, elle doit être exécutée». La patron du holding lui aussi s’est révolté contre la hiérarchie ministérielle. On devrait l’interpeller, lui aussi pour, cette insubordination. Sous d’autres cieux bénis par les muses de la démocratie, une femme de cette trempe qui dit la vérité est hissée au rang de diva adulée par tous pour son audacieuse sincérité.

PS: A une journée d’intervalle de cette action de soutien, Omar Salim un ex-directeur des programmes et de l'Information à 2M  révélé une scandaleuse affaire.  Il avoue volontiers ne pas mériter les 8 millions qu’il touchait mensuellement sans rien faire. Cela prouve que la gabegie au sein du holding audiovisuel de service public est un phénomène généralisé. Il est temps d’en punir les responsables, quelque soit leur rang.     

Tuesday, May 22, 2012

Vigon et le come-back productif


Comme on s’y attendait, Vigon a fait un tabac à Rabat. Son come-back a été à la hauteur des attentes. Grands et petits, hommes et femmes, les retrouvailles pour les anciens, la découverte pour les teenagers, Vigon a pris cette fois le bon wagon qui mène droit aux cœurs. Des musiciens talentueux l’accompagnaient. La grande salle du théâtre Mohamed-V garderait à jamais quelques décibels endiablés angéliquement, si j’ose dire et décrire. L’enceinte couverte de palissandre a été en état de résonance acoustique, ce lundi 21 mai. Qui  y pénétrait de plein gré ou entraîné par une rumeur attractive ressentirait du frisson se propager dans tout le corps, comme dans un état de transe. En effet, tel un roc surplombant le récif, Vigon a montré qu’il a du talent à revendre (d’ailleurs comme jadis) et que les lingots d’or ne se déprécient pas avec le temps. Le  rockeur a pris de l’âge, mais son talent est resté intact. Une voix superbe et une prestance à toutes épreuves. Un tout petit dit à l’intention des organisateurs. Je ne suis pas un «mawazinophile» tout dévoué à la cause, mais ce «Remember-Vigon» est inoubliable, exquis. J’aurais été réconcilié avec les prospecteurs de ce festival controversé, si dix ans auparavant, ce concert avait eu lieu et qu’on avait épuré la programmation en en soustrayant ce qui est clinquant et folklorisé à outrance. Soit, ne soyons pas rancuniers et frondeurs et puis parlons des belles offrandes que nous avons pu déguster et des scintillations qui nous ont éblouis. Le concert valait le détour. On était ravi de sa teneur. Pour tout avouer, je n’attends maintenant qu’une chose: que  les fameux «Scorpions» allemands viennent nous gaver avec leur venin sucré et mielleux. Ils sont au programme autant que la diva Maria Carey. 
A part ces deux concerts que j’ai soulignés sur le petit fascicule-programme avec un stylo rouge, je ne trouverai à travers toute cette lourde et dispendieuse «mawazinerie» qui a fait déjà des morts dans une arène de foot que peu de choses à mettre sous l’oeil et sous le tympan. Certains aiment le Rap, moi j’aime les chansons à texte  qui donnent à réfléchir. Avec Vigon, il s’agit d’une destinée peu commune. La suavité des retrouvailles n’a d’égale que la somptuosité du madrigal.
«Je chanterais même à l’âge de 70 ans» disait-il entre deux chansons. Dick Rivers a, lui aussi, prolongé sa jeunesse en arpentant le même sentier et scrutant le même horizon. En ce qui me concerne, c’est la nostalgie d’une époque révolue qui me donne l’envie de me remémorer, via la stature dynamique de ce rockeur, les éblouissantes extravagances de la jeunesse. Avec Vigon on a assisté à une sorte de communion. Est-ce le retour au bercail qui en a tissé et ravivé les fibres émotionnelles ou la candeurs du regard admiratif de ceux qui suivaient ses mouvements enfiévrés sur scène? Ainsi, entremêlant subtilement les rythmes vifs du Rock-and-roll (comme au temps d’Elvis le prodige de Memphis) et les airs  doucereux de la Soul, Vigon  a magnétisé la foule. On s’agglutina autour de lui. Avec une voix tantôt fortissimo et aiguë au point de voir se profiler devant nous le fulminant James Brown, tantôt émotive comme un chuchotement de palmes, on était vraiment rassasié. Vigon and The Dominos ont dominé la scène. Bravo à tous les musiciens qui, sans leur complice virtuosité, cette voix sublimissime perdrait ses attributs naturels. Ils méritent d’être cités tous de leur nom: Didier Marty (chef d’orchestre, sax-guitare), Jean-Jacques Cirillo, Christophe Maren, Romain Theret, Gérard Pompougnac, Didier Queron, Muriel Marty, Bruno Brochet, Benoît Ruault, Christophe Dutray et Aurelien Meunier. 
RAZAK