Sunday, December 02, 2012

Si j’étais le Tapis-Rouge je me révolterais



Qui regarderait les images diffusées, à profusion, par les chaines du soi-disant holding de service public sur la 12e édition du FIFM croirait que tout baigne dans la liesse et l’allégresse. Le premier jour inaugural fut un fiasco et le mauvais temps lui a ajouté un cinglant dièse. A cause de la pluie et du froid, la projection du film indien «La Famille indienne» a été interrompue. Les spectateurs se sont dispersés laissant la gigantesque estrade seule et parlant à elle-même. Le 12e FIFM laisse transparaitre des signes d’avarice, malgré les copieuses subventions publiques et privées dont ne jouit aucun festival du genre: des badges sans la documentation sont remis, au compte-goutte et haineusement aux critiques de cinéma, notamment ceux qui, loin des institutionnels asservis, ont une signature à respecter et une dignité à faire valoir. C’est machiavélique comme subterfuge. On veut leur signifier qu’ils sont des Persona non grata. Mais peut-on imaginer un festival de cinéma sans critiques de cinéma? On préfère les novices du journalisme qui n’ont pas les bagages culturels et cinéphiliques  nécessaires, par rapport  aux critiques intègres qui sont relativement plus âgés, plus cultivés et plus aguerris. Dans toutes les tonnes de paperasses que ces rédacteurs débutants ont griffonnées depuis la première édition, on ne trouve que peu d’articles de synthèse et décapants. Les interviews-fleuves  de complaisance prédominent et les  organisateurs locaux et étrangers répètent, via ces hauts-parleurs payés d'avance, les mêmes inepties, en plaçant dans un élan narcissique d’autoglorification, les mots et les mensonges qu’ils veulent. Les hommes de culture, capables de répliquer à leur verve, sont peu nombreux et marginalisés. Bref, on veut des «regardeurs» dociles qui applaudissent et se mettent à frétiller à la vue d’une banalité de cinéma qui ne mérite même pas d’être programmée dans ce festival sur-budgetisé à outrance, sans pour autant, atteindre les objectifs  escomptés. Si Dubaï engrange de bons points, Marrakech continue à chercher sa voie, entre l’indécision et l'improvisation.
Encore une fois, Shah Rukh Khan et Amitach Bachchan ont sauvé le festival d’une banqueroute attendue. Les Indiens d’Asie  ont apporté avec eux le beau temps, puisque le dimanche (3e jour du festival) fut  radieux et ensoleillé. Les stars indiennes ont injecté un peu de tonus et semé un peu d’encens au Tapis Rouge, mais l’on craint que ce ne soit qu’un apparat artificiel, car l’on remarque que le côté glamour disparait complètement, quand on essaie de s’approcher d’elles. Or ce fameux tapis qui est piétiné tant par les vraies stars que par les intrus qui ne sont connus même pas dans le quartier où ils sont nés, devrait plaindre les responsables de ce mélange contre nature. Mettre cote-à-cote Amitabh Bachchan qui a roulé sa bosse dans le cinéma et un novice dont la filmographie est insignifiante, c’est le comble de la stupidité. Si Cannes imitait Marrakech, ce serait la faillite. C’est pour cela, que j’ai titré, non sans dépit, cette chronique: «Si j’étais le Tapis-Rouge je me révolterais». Devant les caméras on se montre affables et réceptifs, mais dans les palaces de résidence, on ne se déplace qu’escortés par des crânes rasés et au «regard revolver». Où est la joie festive dans tout ça ? Figurez-vous que la directrice artistique du festival, qui est une étrangère, en a eu la part du lion, puisque cinq corpulents gardes-du-corps la protègent. 
Autre négativité, qui infirme tout ce qu’on colporte, via les diffuseurs radiophoniques et télévisuels sans le vouloir dans l'organisation: au palace Mamounia, j’ai  voulu dédicacer une copie de mon livre intitulé: «Le Cinéma indien entre Nirvana et Navarasas» à Amitabh Bachchan et  au président du festival,  les vigiles renfrognés, plus nombreux que les meubles hôteliers, m'en ont empêché. Par ailleurs, avant de faire le voyage à Marrakech, j’avais envoyé (par fax et par e-mail) une demande aux vice-présidents et au secrétaire de la fondation du FIFM, mais à ce jour , aucune réponse officielle ne m’est parvenue par écrit.  Par ailleurs, j’ai rencontré le dit secrétaire et le responsable du centre cinématographique à  qui j'ai remis de main propre, un dossier complet, le premier s’est dérobé en jetant la responsabilité aux deux vice-présidents, quand au directeur du centre cinématographique (instance officielle),  j’attends toujours qu’il tienne la promesse qu’il m’a faite dans la soirée du samedi. Il est clair que certains profiteurs ne veulent  pas que l’on sache qui avait eu la primeur de révéler aux Marocains les vertus du «New Indian Cinema». 
Une petite remarque anecdotique en rapport avec cette dernière idée: En 2006, pour documenter un ouvrage sur le cinéma indien qui était (est toujours)  prévu de sortir en deux langues, nous avions, moi et un autre confrère (Allal) distribué plus de 200 questionnaires aux journalistes accrédités auprès dudit festival, en leur demandant, de nous livrer des copies de ce qu’ils avaient écrit sur ce cinéma indien. Aucun journaliste  ne nous a répondu. Aujourd’hui, grâce à l’hommage dédié au centenaire du cinéma indien, et grâce à la baraka du FIFM, les articles se mettent à pleuvoir et les manchettes «hindoustanisantes» font florès. D’où vient cette hindiphilie tout à coup exacerbée? On commence à parler de Râgas et de Rasas, mais par hypocrisie, on fait semblant d’ignorer le critique de cinéma (votre serviteur) qui a , en pionnier, vulgarisé de telles notions.
RAZAK   

1 comment:

vera lafrange said...
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