Saturday, October 31, 2020

Covid-19 a voté contre Trump Par RAZAK

 

Avant l’arrivée de la date fatidique du 3 novembre  2020 le covid-19 a déjà voté contre la réélection de Donald Trump. En   voici le comment du pourquoi ou plutôt le pourquoi du comment :

Primo : en réduisant à néant  tous les acquis socioéconomiques aboutis durant son mandat présidentiel et qui, avons-le en toute franchise,  furent mirobolants, voire historiques, si l’on considère leur impact positif par rapport au passé (redressement de l’économie de l’Etat fédéral,  réduction du taux de chômage et renforcement du protectionnisme commercial en menant des batailles acharnées sur plusieurs fronts...)

Tous ces points positifs auraient pesé lourd sur la balance électorale, sachant qu’il a l’avantage d’être moins vieux que son concurrent. L’homme allait droit vers un retentissant plébiscite bien mérité, quand  soudain surgit de l’ombre le fantomatique corona pour lui tendre une  embuscade et défaire ce qu’il a labouré.

Secundo, en remuant les paresseux des urnes électorales. Pour la première fois de l’Histoire politique des USA, 70 millions électeurs ont dû voter prématurément  pour éviter les encombrements susceptibles de propager davantage le virus, le jour du vote .  La pandémie ne permet pas des élections normales, donc il fallait morceler  la procédure  entre le vote direct et le vote par voie postale.  

Maintenant, à quatre jours  des élections, à moins d’un miracle, le jeu électoral semble circonscrit et l’homme à la chevelure safran   devrait  méditer son mauvais sort, malgré la clinquante euphorie qu’il aime partager avec ses partisans. Les sondages et les éditorialistes de  la presse politique l’annoncent perdant avec un score lourd, mais aux USA cela ne constitue pas un indicateur tangible. Notre argumentation sur laquelle nous formulons notre pronostic, repose sur la ruée postélectorale de ce nombre fabuleux d’Américains, qui malgré les contraintes paralysantes imposées par la pandémie se sont déplacés. On peut se tromper de pronostic mais, notre intuition nous dit qu’il en serait  ainsi, car on sait que les pro-Prump ne sont pas des  électeurs pressés. Parmi cette grosse masse d’électeurs il y a au moins deux tiers qui,  ayant pris conscience des enjeux politiques, ont voulu marquer l’opération électorale avec  leur ruée sortant de l’ordinaire.  Et ces deux tiers seraient des minorités raciales (latinos, afro-américains…), mais dont le cumul  donnerait une majorité confortable. L’assassinat du père de famille George Floyd ,  additionné aux frustrations  du covid-19, a réveillé les esprits à la chose politique. Et nous devinons à l’avance le bilan final de l’opération l’électorale à travers leur inhabituel engouement.

Malchance, mais fierté et arrogance, le locataire de la maison blanche veut coûte que coûte renouveler le bail. Le vaccin tant attendu l’a trahi. Les labos ont brillé par leur manque de répondant   à assouvir les caprices du président. Si en cas d’échec  effectif, il refuse de partir , ce sera un prélude à la guerre civile. Tous les observateurs objectifs le prédisent.  

Bref, s’il y a un homme enragé contre le covi-19 ce sera  lui . Si ce virus était un pays ou un préside il l’aurait rayé de la carte géographique, en utilisant tous les arsenaux offensifs. Mais le corona a décidé de son sort.  

Dans une chronique précédente, on avait mis en exergue l’éventuel impact des emails de H.C sur les élections,  mais avec ce chiffre révélateur ces courriels paraitraient comme des bulles lancées dans les airs par un désespéré.

RAZAK     

Sunday, October 25, 2020

Les tribulations du Loup-Sapiens Par RAZAK

 

« L’homme est un loup pour l’homme ». Quand le  philosophe Thomas Hobbes avait repris ce vieux postulat datant de l’antiquité, il voulait marquer le pas et les esprits en s’appuyant sur  les faits et méfaits qu’avait apportés le nouveau siècle. Ce contemporain de René Descartes,  penseur empiriste après qui Nietzsche le trublion s’inculqua l’audace dans la rigueur de penser et la profondeur dans le décryptage sociologique, ne mâchait pas ses mots.

Comme le postulat est toujours d’actualité, c’est notre tour d’en débattre à la lumière de ce que l’on observe dans  les parages immédiats et lointains . L’homme-loup est dangereux parce que c’est un loup-sapiens. La voracité  animalière  ne lui a pas été transposée par mimesis, comme un réflexe acquis, mais elle existait naturellement dans son instinctive réalité .

«L’homme est un animal politique»,  disait Aristote. C’est le polissage de cette "instinctivité" animalière qui le rend politique. Sous la contrainte démographique la sociabilité, allant de complexité en complexité, a imposé un tel dressage. Déjà à son époque, Hobbes percevait  dans le louvoiement intentionnel des  humains un tic de prédateur. Quant à Charles  Darwin que les hommes de l’église détestaient avait au moins la préciosité de remplacer le loup par un singe en en faisant  un présumé ancêtre de l’homme.  Entre le singe et le loup il y a une différence caractérielle notable. Mettez-les ensemble dans une même cage vous verrez ce qui distingue l’un de l’autre. Le singe est beaucoup moins maléfique que le loup et il est d’une docilité exemplaire pour les labos d’analyse comportementale. Un loup-cobaye aurait induit en erreur les chercheurs analystes.

Comme il a été  prouvé que les pulsions  instinctives guident aveuglément les individus, on ne peut pas vivre en paix avec l’homme-loup et lui faire confiance, car il a la singularité d’appartenir à une espèce hybrides de prédateurs  qui savent  qu’ils emmagasinent de grands stocks de mal  en leur for intérieur. Ils n’en ignorent que le soubassement psychologique.

Avec l’évolution urbanistique les multiples arènes sociétales ont  donné à ces  créatures complexes  l’occasion d’exhiber, avec plus ou moins de facétie, leur caractère loup, à commencer par les spéculateurs de l’immobilier qui font passer  les misérables taudis pour des   habitations de luxe. Les trucages dans les élections sont  l’œuvre malsaine des loups de la tirelire rentière et de l’usurpation du pouvoir. Ne dit-on  pas «jeunes loups»  pour les plus précoces d’entre eux ? Les sociétés secrètes ont rassemblé dans la  clandestinité les plus influents de ces jeunes parvenus dont la droiture n’est pas le trait distinctif.

Dans les nouvelles sociétés germent  les graines de l’arnaque et de l’appropriation du bien d’autrui. La justice arrive à peine à juguler le flux  délictuel, quand elle n’est pas elle-même noyautée par les loups de la jurisprudence, qui interprètent les textes de loi à leur guise. Ce qui a eu comme conséquence  le sentiment d’insécurité et d’inconfort. Portes fermées à clef, coffres-forts dotés de serrures sophistiquées, caméras de surveillance en surnombre, fil barbelé, morceaux de verre encastrés aux murs des toitures, chiens de garde, armes d’auto-défense… bref tout un ensemble de dispositifs si disproportionnés pour un être périssable et minuscule qu’est l’être humain. C’est la  courte durée de sa fugace apparition individuelle sur terre qui le rend fou. S’il était un être  éternel il n’aurait pas la rage de se jeter  dans cette concurrence forcenée, comme un aliéné.  

« Dépêche-toi de vivre ou dépêche-toi de mourir », disait Stephen King dans un des ses romans transposés  au grand écran.

Derrière cette  citation ’’stephennienne’’, il y a un constat sociologique, comme Hobbes en a dressé le sien à son époque. Dans les deux situations, le dualisme zoo-humain est omniprésent. L’altruisme  n’est rien devant la rapacité du  matérialisme expansionniste dont la  mondialisation est devenue une entrave. Les pressés de vivre piétinent les autres avec leur égoïsme exacerbé, les pressés de mourir entrainent avec eux d’autres victimes en appliquant  le principe mortuaire de la terre brûlée. Dans les deux cas, on ne sort pas de l’auberge du mal.  

 En principe, c’est l’amour et l’amitié qui devraient marquer  les rapports humains puisque l’intervalle entre naître et mourir est relativement court. Mais les pulsions étant ce qu’elles sont. Elles se laissent durcir sauvagement quand retentit dans les airs le cri de guerre «ce qui tu possèdes doit m’appartenir», suivi du sentencieux leitmotiv «après moi le déluge». Deux signaux arrogants  que la frénésie du  temps qui passe affole et pervertit. L’éternel conflit entre être et ne pas être, est la source de toutes les morbidités et cupidités. En vérité, c’est le duel entre la finitude morphologique humaine et l’infinitude des désirs possibles qui font pousser du poil du quadrupède chez les bipèdes. Louvoyer insidieusement , tendre des pièges et tromper son prochain  font partie de leurs rituels dont les racines plongent dans l’inconscient. Si on était meilleur que les animaux, ils nous auraient imités. Nous serions leurs modèles favoris. Au contraire, ce sont nous qui devrions en  imiter les plus câlins et les plus propres comme les chats. Ces félins domestiqués sont plus écolos que les humains. Ils ne jettent pas leurs déjections rectales n’importe où et ils prennent le soin écologique de les enterrer. Quant aux alcoolos-sapiens, qui faute de latrines publiques  fragilisent les murailles des monuments historiques avec leur acariâtre urine, ils n’ont pas ce reflexe bienfaiteur des chats. Ils pissent sur les vestiges de leur Histoire.

Autre stance de comparaison : pourquoi les vicieux parmi les humains commettent des actes condamnables de pédophilie alors que les animaux, que de surcroit l’on qualifie de sauvages, restent fidèles à leur nature. Ils respectent leurs petits et ne connaissent pas l’inceste. De même pour la zoophilie, elle ne fait des ravages que chez les prétendus descendants d’Eve et d’Adam.       

Ce qui est apparent dans cette dynamique physiologique alimentée par des motivations métaphysiques obscures, c’est la trace de la force de l’envie, sachant que l’on ne  connait ni la ligne de traçage, ni  l’adresse du traceur. Sigmund Freud rattache ces enchevêtrements de la psyché humaine à l’inconscient  avec une proéminence du  pulsionnel sexuel sur le pulsionnel végétatif.  Son trièdre psychanalytique «Ça-Moi-Surmoi» pivote autour de l’instinct orgasmique.

L’homme peut-il  réellement être l’ami de l’homme ? S’il est un loup pour son semblable, comment l’amitié pourrait-elle être  effective entre des carnassiers qui font usage plus de leurs canines sadiques que de leurs pensées pacifiques ?

L’homme-loup est un maléfique par essence. Là où il se place il défonce, là où il s’interpose il sème son venin. Les faits qui appuient cette thèse sont très nombreux. La panoplie varie  de la  plus insignifiante des  petites affaires domestiques aux affaires d’État. Le colonialisme c’est l’Etat-loup qui agrandît l’enclos de sa basse-cour. Le désir de possession et l’envie de domination en sont  l’ardent les foyers de propagation et d’expansion. L’esclavage et  la traite des humains relèvent de la jungle et non de l’humanité débarrassée de sa  bestialité  innée. Il n’y a pas que le Noirs d’Afrique à souffrir de  l’esclavage. Il y a aussi des Blancs qui ont connu  les affres de la servitude,  soit suite à des invasions ( Gengis Khan  en fut le champion des champions )  soit par représailles comme firent Barberousse et les corsaires de Salé des Chrétiens qui s’aventuraient en mer.

Il n’y a pas que le caractère loup dans cette affaire, il y a aussi le caractère chacal. Il devient ignominieux quand  les actes commis dépassent un certain  degré de sauvagerie.

Notons aussi qu’entre hommes-loups  on mène une guéguerre sans fin. Mais quand  la force échoue à aligner  autrui sur une position bien déterminée on fait recours à la ruse ; et là l’aspect renard entre en jeu et interaction. Le loup-renard c’est la férocité carnassière enveloppée dans le soft  animalier et l’homme-loup-renard c’est  la calamité marchant sur deux pieds.

Les traquenards et les peaux de bananes ne sont en fait qu’un jeu distrayant pour cet être hybride qui s’en fout carrément des inconséquences. Il rit quand  untel perd ses dents dans la chute et il ne montre aucune compatissance envers les femmes éplorées, les misérables et les estropiés. Le monde est plein de poltrons et de requins qui sont en fait des hommes-loups-renards avec des crocs de baleines. Leur emprise transgresse  les siècles . C’est ce qui s’est passé dans le monde d’hier et qui se perpétue aujourd’hui devant nos yeux à la fois ébahis et attristés. Le cheval  de Troie transcende les époques et les talons d’Achille n’épargnent ni les forts, ni les faibles. Même le Léviathan que Thomas Hobbes présente comme un modèle de puissance absolue a son talon d’Achille. Au moindre fléchissement, il subit le revers de sa suprématie. Les dictateurs les plus sanguinaires, cupides et  voraces ont eu ce retournement de situation à une certaine étape de leur vie. Il y en a qui ont été attrapés dans des  caniveaux. Les annales  les ont  jetés dans les poubelles nauséabondes de la postérité revancharde. Ainsi, parti en véritable loup de guerre, Hitler  a fini par être une brebis de l’Histoire. On ne sait même pas comment il avait fini ses derniers jours.

Et puis comme les choses se reconnaissent à leur finalité (dans de nombreuses situations finalité rime avec fin) le colonialisme  a eu une humiliante fin. Ainsi, brandissant le trident sanguinolent du Léviathan, c’était une entreprise de loups qui avait ses propres idéologues (Colbert,  Jules Ferry … ) et missionnaires religieux secrètement  politisés (Charles de Foucault …). Quand les vents de la décolonisation ont commencé à souffler sur  les cieux des continents les plus colonisés comme l’Afrique, l’Asie orientale et l’Amérique du sud, le recours à la ruse avait  assuré un petit chouia  de la domination résiduelle, grâce  à des actes  signés avec des indépendantistes peu scrupuleux et moins vigilants. L’euphorie de l’indépendance leur avait  fait oublier le sens de la précision  et du détail. L’hécatombe de l’Algérie ne peut être consolée avec des mots compatissants ou  un mea culpa vaudevillesque.   

Enfin, qu’est-ce qui pousse les humains à  réduire en esclavage leurs semblables, si ce n’est  le caractère loup, secondé par l’instinct chacal et édulcoré par l’esquive renard ? Si on y ajoute du requin le mélange devient tonnant. Une des premières ruses humaines vis-à-vis des prédateurs de la faune,  c’est d’imiter leur cri pour les attraper.

Les auteurs  qui comme Ibn Almoqaffa et Jean de la Fontaine faisaient parler les animaux dans leurs livres ne s’étaient pas trompés  de conception.  Les aventures de l’homme-loup  sont infinies.  Et il faudrait attende d’autres siècles pour que la mutation de l’homme-loup à l’homme tout court soit envisageable.

RAZAK

Thursday, October 15, 2020

Courriels révélateurs Par RAZAK


 

Faut-il parler du fameux « be lucky » pseudo-parlementaire dont un député péjidiste   ( parti de droite ) se fait l’argumentaire comique en plongeant, à bras le corps, dans le burlesque et le  non-sens, ou plutôt évoquer les emails enflammés et quelque peu hilarants de l’ex-secrétaire  d’Etat  Hillary Clinton et puis dont le rusé Donald Trump a décidé de lever le secret à un moment crucial de sa campagne pré-électorale dans le but de discréditer le parti adverse ?

Si on aime les anecdotes on fera de l’infantile  « beliki » (contraction argotique signifiant gratos) péjidiste un gag de divertissement anti stress-corona. Les amuseurs publics manquent en ce moment (lire notre précédente chronique). En  temps de pandémie les guignols seront toujours les bienvenus, pour meubler le temps moribond qui passe . Mais si on aime le sérieux et  si on est sensible au drame humain on plongera, avec une attention accrue, dans les courriels de l’ex-diplomate américaine, afin d’essayer de comprendre ce qui s’était passé  au Proche-Orient durant son mandat et dont les répercussions néfastes continuent de chagriner  et d’interpeller le monde aujourd’hui.

Laissons les « belikistes » à leurs jérémiades et pleurnichage et  fouillons   davantage  dans ces emails déviés de leur socle administratif, pourvu que l’on puisse disposer de leur intégralité, via Internet.

En 2016, les wikileaks révélés à la dernière minute ont  fait basculer le vote  américain du côté de  Trump, alors qu’il s’était donné perdant par les sondages. Le même scenario risque de se reproduire aujourd’hui en 2020, avec ces emails louches, sortis en temps opportun. 

Les dernières révélations  indiquent que le Qatar a joué un rôle corrosif dans l’exécution machinale du  plan démoniaque  que l’administration Obama a présenté sous l’étiquette  de «chaos créatif», alors que le but final est on ne peut plus  destructif. Dans ce principe inter-réactif emprunté à la chimie organique, Doha jouait le rôle de catalyseur avec son puissant canal de propagande Al Jazeera et en finançant des groupuscules terroristes. Cette chaine satellitaire  a trompé tout le monde. On croyait qu’elle prônait l’émancipation démocratique des peuples arabes, mais les observateurs avisés savaient que c’était du vaudeville télévisuel. La preuve : Al Jazeera n’a  jamais critiqué les dirigeants  catariotes , car comme dit l’adage populaire : « le dromadaire ne voit que la bosse des autres, il oublie la sienne ».

Dans ce pacte secret rendu publique grâce au punch débonnaire de Trump, et qui aura un effet arithmétique sur les sondages,  les Syriens ,  les Lybiens et les Yéménites figurent au premier chapitre  des massacrés, avec un bilan lourd en  pertes humaines et en désordres  migratoires.

Les emails dévoilés indiquent que tout était prémédité, avec cette nuance primordiale : l’idée est américaine et l’exécution  est qatariote. Daech et ses nombreux émules ont été fabriqués dans un but bien précis: le génocide, la dislocation du monde arabe et le changement de sa carte  géopolitique. En une décennie on y a vu que les ruines et les divisions. Même la démocratie made in america mimée en Irak a mené au désastre. Les seuls gagnants dans tout  ce magma  ce sont les adeptes endoctrinés du chaos  destructif avec dommages collatéraux. Le morcellement s’annonce  plus balkanique que celui que les accords Sykes-Picot  ont engendré.

Enfin, qu’arriverait-il si Trump gagnait les élections ? Ces correspondances pourraient mener  au procès  et à la condamnation, pour donner le dernier coup d’estoc à ses rivaux idéologiques. Sinon, le revenant à la toison dorée  se contenterait de savourer les délices de sa réélection à un moment où tout le monde cherchait à l’évincer.  Quant au Qatar, il devrait faire face à la grogne montante des masses arabes trahies par son instrument de propagande.

RAZAK 

Friday, October 09, 2020

La cigale covidienne et la fourmi confinée (par RAZAK)


         La cigale ne chante plus. Le corona  a mis un bémol  à son enthousiasme ancestral. Ses derniers bruits ont été entendus sur la terrasse d’un immeuble, quand le confinement avait atteint le trop-plein, au point de se muer en ultimatum liberticide paralysant tout. Un chant de désespoir mêlé aux larmes versées sur les disparus. Ceux et celles que le fléau a épargnés, ne serait-ce que momentanément, n’auront qu’à imiter les fourmis hibernales, si on veut limiter les dégâts.  La fourmi confinée a plus de chance de durer qu’une cigale prise au dépourvu et déboussolée.

La grande  leçon de Maître  Corona, c’est de nous contraindre à nous limiter à l’essentiel vital et existentiel. Les projets extravagants et les initiatives dispendieuses doivent se faire attendre, rien n’urge. Le luxe vient après le végétatif. L’ordre logique est à respecter.

L’autre leçon à inculquer aux gens concerne l’hygiène  individuelle et collective. Le covid-19 est un maniaque de la propreté. Un méticuleux qui n’aime pas  l’insalubrité de nos villes et la saleté de nos bustes anatomiques. On a beau décrier les pourritures mises en vente dans les débits de boisson de Marrakech et de Kenitra, mais il semblait qu’on parlait aux fantômes. Maintenant, la remise à l’ordre des récalcitrants et des trafiquants, c’est chose faite. Elle n’est pas le signe d’un sursaut salutaire de l’administration centrale, mais une obligation d’extrême urgence, puisque c’est  Corona-Damoclès qui l’a décidé triomphalement, en brandissant son intransigeante épée. On doit le remercier, pour cette prouesse. Comme problème épineux à résoudre,  la pédophilie a besoin d’un corona d’une autre  génétique. 

 Disons-le en toute franchise, l’apparition de ce virus n’a pas que du mauvais. Cette propreté légendaire imposée au commun des mortels et aux particuliers est une de ses vertus. Et vu son importance, le chlore est devenu l’atome-roi. De toute la garniture chimique du  tableau de Mendeleïev l’élément «cl»   est le plus apprécié actuellement, malgré la nocivité du gaz à des doses trop concentrées. Découvert par le suédois  Carl Wilhem  et baptisé « chlore » par le britannique  Humphry Davy,  ce corps chimique pourvu de capacités bactéricides  phénoménales  entre dans la composition de nombreux désinfectants à commencer par l’eau de javel. Les distributeurs d’eau potable et les ménages ne peuvent pas se passer de ce précieux désinfectant et de ce puissant stérilisant. Le médicament dont Raout, le viking marseillais, ne tarit pas d’éloge  exhibe du « chloro » dans son appellation scientifique. En effet, la formule brute de la chloroquine   contient en plus du chlore,  du carbone,  de l’hydrogène et de l’azote.     

Que dire maintenant à un stade où  le cycle covidien a pris place dans l’orbite épidémiologique aux côtés des autres corpuscules de la constellation bio-virale ? La familiarisation est devenue une nécessité absolue, étant donné que la ligne en pointillé du début  est devenue, elle aussi, du gras souligné qui crève l’œil. Le « serial killer »  vit en nos murs.

Cette familiarisation  impose son jargon spécifique. On peut parler  de corona-mètre  et de corona-stat comme  les électriciens et les hydrauliciens  parlent de voltmètre et de pressostat. La montée en flèche des chiffres enregistrés, depuis le déclenchement de la pandémie et  leur constante évolution  justifient  le recours à cet  arsenal de métrologie épidémiologique. Et tant que la médecine moderne  n’arrive pas à  y mettre un terme, il sera l’étalon de prédilection.  Ainsi, si le corona-mètre mesure l’ampleur de la propagation,  le corona-stat évalue la pression exercée sur les citoyens du plus notable au plus ignoré.

Les musiciens et  les animateurs de soirées  font partie de cette dernière catégorie que le  « Ko–vid » a  jetée sur le pavé. (Le Ko dont s’orne cette formule est emprunté au jargon de la boxe).

Au Maroc, les mesures mises en vigueur  par les autorités sanitaires ont eu des répercussions néfastes sur les artistes  bohémiens. Certains musiciens  ont dû vendre leur instrument  pour subsister. Et comme un  malheur ne vient jamais seul,  le ministère de tutelle a mis le feu à la poudrière, en rendant publique la liste des chanteurs bénéficiant de l’aide de l’Etat. De grosses sommes ont été distribuées à une minorité de privilégiés par une commission controversée,  brillant tant par son sectarisme que par sa frivolité.

L’ire des mécontents grandit au sein de cette population qui mérite un sort bien meilleur. Les plus lésés   élèvent la voix pour réclamer le partage équitable du don publique et le jugement des membres de la dite commission. Ce ministère se cache derrière ces commissions qu’il a créées de toutes pièces, en les manipulant à sa guise, puisque c’est lui  qui  tire les ficelles dans les coulisses. Ce serait un miracle si l’humoriste et chanteur de théâtre comique Ahmed Senoussi (alias  Bziz) profitait de ses largesses. Mai cet artiste militant a vite compris le jeu. Il a pris ses distances, pour éviter  l’humiliation .

Feu  docteur Mahdi Elmandjra avait dénoncé la perversité  de ce qu’il appelait  « lajno-cratie » (du mot arabe ’’lajna’’ signifiant commission ) . Avec cet imbroglio bureaucratique , on ne sait plus qui décide. Tout jugement doit  commencer par les manipulateurs avant les manipulés.  

Nous avons dit et répété que l’artiste n’a besoin que de liberté pour prospérer. Cette acception concerne les temps normaux. Les prébendes rentières (charité publique) diminuent de son aura et sa popularité. La servilité tue l’art. Seulement cette fois on peut faire exception à cette acception. En temps de crise et de pandémie paralysante, on peut recourir à l’aide publique. Ceux qui ont suivi la cigale dans son insouciance sans mener en parallèle un rituel  de fourmi laborieuse sachant garder  le rial blanc  pour le jour noir, sont menacés de mendicité et de famine.

RAZAK