Tuesday, June 07, 2016

Comment Equidia sauve les meubles du PMU français et des ’’pmuettes’’ qui tournoient autour ?



Quand le PMU français s’enrhume les parieurs du Maroc éternuent. Cette interdépendante causalité ne date pas d’aujourd’hui,  elle remonte à la période de la colonisation. Les Colons du début du siècle écoulé, parmi lesquels il y avait des maraudeurs et des recherchés de justice, étaient venus au Maroc avec leurs manies et tics de société. Les jeux du hasard en faisaient partie. On commença par la loterie qui, paradoxalement naquit ’’nationale’’ sans passer par le cantonal pour coller à la réalité  géographique, puisque dans la campagne on ne trouvait pas de bons numérotés qui donnent droit à une copieuse tirelire, quand la chance est du  côté du porteur . C’était un phénomène purement urbain. Dans les deux zones du Maroc colonisé, espagnole et française, on trouvait des colporteurs de tout poil qui comme le petit gamin mexicain du  film ’’Le trésor de la Sierra Madre’’  vendent des tickets de loterie. Les Colons sont partis mais leurs tics sociétaux sont restés ancrés dans la gestualité et la mentalité des autochtones.
Peu à peu et au fil des ans, la loterie cède la place au loto. Tout se qui se crée dans les anciennes métropoles française  et ibérique trouve une application non seulement au Maroc, mais aussi dans  les autres ex-colonies de l’Afrique du nord. Les années 2000 vont voir apparaître  d’autres jeux dans l’unique but est de soutirer l’argent des crédules. Après le kéno et  le quatro,  d’autres jeux de grattage sont apparus. Les accros s’en emparent, avec l’espoir de gagner le jackpot,  mais contre toute attente, ce dernier semble inatteignable. On rejoue pour la énième fois, toujours pas chance. Tout ça est un peu dingue, car comment peut-on parler de chance avec des chiffres  truqués ? D’où l’exode massif des ’’jeux de papier’’ aux courses de chevaux. Les ’’cocheurs-gratteurs’’ rejoignent  la fourmilière des turfistes qui se bousculent dans les cafés mal aérés et les bars malfamés du royaume. 
Contrairement aux  autres jeux du hasard  que le digital  d’escroquerie a frelatés, le  PMU reste le plus spectaculaire, mais il n’est pas  à l’abri des manigances et des manipulations secrètes. Un cheval classé dernier par la presse hippique  et qui se retrouve en tête du peloton d’arrivée suscite des interrogations. A-t-on dopé ce canasson ou a-t-on communiqué à la presse de fausses données  sur ce crack inaperçu ?
D’après ce qu’on raconte, le PMUM  transmué par nécessité affairiste en «société royale d’encouragement du cheval»  et le PMU français sont liés par une convention  préconisant le versement d’un certain pourcentage des sommes accumulées dans les jeux. Le maximum de la cagnotte  est atteint dans La course-support c’est-à-dire le quinté,  autrefois hebdomadaire avant de devenir quotidien, comme en France,  pays d’Europe où les courses s’effectuent sur son territoire. On manque d’informations sur ce deal et sur les cotas convenus  entre les deux parties. On ignore aussi où va l’argent gagné par cette société  marocaine à califourchon entre le privé et le public.  Ce que l’on sait c’est que le nombre de parieurs marocains augmente d’année en année et que, fait nouveau, des Marocaines commencent à y adhérer.  Elles aussi connaissent Bassire (Bazire) et Raffa (Raffin). Mais au lieu de dire sulky elles disent ’’tomobile’’ (voiture) et ’’lagrillage’’ à la place de stalle. Voiture à deux roues ?! Cela relève de la fantasmagorie.
Les Jockeys du Galop ignorent  comment les Marocains articulent leur nom. C’est l’occasion propice de leur faire savoir: Bouniya (Bonilla), Tallize (Thulliez), Pisli (Peslier), Jarnite (Jarnet), Soumia (Soumillon), Basqui (Pasquier), Guillo (Guyon), Chimino (Cheminaud). Le seul nom qu’ils  prononcent correctement est Farina. C’est facile à retenir puisqu’il correspond à l’amidon dont on fait le pain.  
Le PMU  au  Maroc et ses différentes incidences constituent un facteur de  sociologie urbaine, qui a besoin d’être analysé avec circonspection et latence par les spécialistes.
 ’’On doit occuper les gens’’, c’était le premier réflexe des premiers décideurs. Aujourd’hui, avec la crise économique, la donne a complètement changé. L’aspect moral est devenu secondaire. Il a été  vaincu par la nécessité existentielle de tous les jours.  On cherche une bouée de sauvetage, pour échapper à la misère, en se fiant aux quadrupèdes qui galopent, qui sautent ou qui trottent. Ce sont les retraités qui sont les plus assidus. Vivant à la dérive, ils cherchent un appui. Il y en a qui gagnent providentiellement, mais beaucoup d’entre eux y perdent une bonne part de leur pension mensuelle.   La société susvisée, gagne un ragent fou. Elle se contente de distribuer des programmes photocopiés  à 2 centimes l’unité.
Rappelons qu’on est dans un pays où la religion bannit les jeux du hasard. Mais comme pour les boissons alcooliques, il y a bousculade malgré l’interdit. Laissons ce sujet barbant aux psychosociologues les plus aguerris et continuons le décapage du phénomène Equidia, qui n’est pas difficile à observer, que ce soit en France pays d’où elle émet ses programmes ou dans les pays où l’on parle, en plus de la langue vernaculaire, le français. Il y en  a  toute une panoplie de bannières. Le succès d’Equidia le doit non seulement aux retransmissions instantanées des courses, mais aussi à la langue de communication, c’est-à-dire le français. Une Equidia en anglais  signifierait faillite.
Un petit rappel : au niveau hippique, le Maroc a ses traditions ancestrales. La fantasia en est un des plus spectaculaires. Autrefois, on en organisait presque dans toutes les villes et les ruraux des grandes plaines venaient amuser les citadins avec leurs prouesses. Ces fêtes ont disparu et il ne reste que quelques survivances disparates plus folkloriques que hippiques. Mais s’agissant des courses rémunérées, les Marocains font peu de confiance à leurs compatriotes. Les hippodromes du pays sont déserts et les pelouses, passant du vert au jaune, prouvent que  qu’il n’ y a  de recettes même pas pour assurer l’arrosage régulier des plantes. Le ’’Nesrani’’ (l’Européen) est à leurs yeux plus correct. Ce jugement hâtif  est une preuve supplémentaire de l’étourderie ambiante. Ils ne connaissent rien des dessous de table et de la mafia des courses européennes qui tirent les ficelles dans les coulisses. Ainsi, poussant le verbiage à son paroxysme cynique, certains turfistes berbérophones aiment répéter cette sentencieuse et revancharde phrase hissée au rang de proverbe : «Ida Öurribate Khouribat» (traduction approximative: arabiser c’est mener à la ruine). Ils n’osent pas  parler de la conquête par les Chleuhs de toutes les boutiques de proximité, ni comment en bons religieux ils se accaparés des bars laissés  par les Nesrani.
Pourquoi au Maroc le phénomène Equidia ne cesse-il de magnétiser les esprits de jeux, malgré son statut de chaîne étrangère captée par satellite ? Son émule la qatariote BeIN s’occupe des footeux. La filiale d’Aljazeera, ne réagit même pas au piratage de ses programmes dont se livrent les gérants de cafés marocains.
L’apparition en France de la chaîne Equidia  a tout bouleversé. Au début elle cherchait à vivre des courses, en pariant sur l’audimat. Elle fait du simulcatsing un critère de compétitivité. Aujourd’hui elle est parvenue non seulement à tirer son épingle du jeu, mais aussi  elle est devenue un partenaire incontournable dont le succès fait des envieux. ’’Canal +’’  voulait casser le monopole, mais elle n’y parvient pas. Une «course-quinté»  insérée dans un programme généraliste n’était pas la bonne option pour doper l’audimat de la chaîne. Par contre un enchaînement non-stop qui va pratiquement de la matinée à la tombée de la nuit, c’est plus captivant pour les fous du turf. Sans oublier les documentaires el les émissions du ’’talk turf’’ qui meublent les espace-temps  creux.
Aujourd’hui, cette chaîne du cheval s’érige en un véritable meneur de jeu, avançant à pas surs et bien calculés. Elle a fini par s’adjuger une bonne part du marché avec en sus le rôle de «sauveur malgré lui» (pensez  à la comédie de Molière). On ne peut pas imaginer le PMU sans Equidia. Si un jour cette dernière tombait en panne le PMU ferait Tilt comme faisaient les flippers Gottlieb d’antan. Les ’’pmuettes’’ maghrébines et créoles qui en dépendent  subiraient le même coup. Autre preuve de sa suprématie,  elle influe sur la clientèle des cafés et des bars. Le couple Equidia–PMU assure des bénéfices échappant à toutes concurrences. A Mohammedia ville côtière où se trouve une raffinerie de pétrole, le propriétaire d’une brasserie se trouvant tout prêt du port a fait des  pieds et des mains pour qu’on lui restitue l’autorisation du turf. Privé du  guichet PMU, il a remarqué que deux tiers de la clientèle ont disparus. Ils sont allés se bousculer dans un autre bar jouxtant le jardin municipal et la gare ferroviaire. Un bar hors-la-loi où tous les excès sont permis, puisque la flicaille corrompue le couvre.
A Paris et à Marseille,  j’ai remarqué le même phénomène. Les Bars-tabac-PMU ne désemplissent pas. Ce sont les Maghrébins qui y séjournent en permanence. Uni pour le meilleur et pour le pire, le couple précité est omniprésent. Equidia et PMU France ont fait pacte de vivre ensemble jusqu’à la fin des jeux, même si les rapports comiques où l’on vous donne comme gain un mentant égal à votre mise risquent de nuire à leur longévité. La seule différence par rapport  aux insalubres grottes du turf marocain, c’est qu’on perd élégamment son argent dans des conditions peu contraignantes. Il n’y a pas d’engueulades et de bousculades. On a installé des machines automatiques de validation pour éviter les encombrements. Mais en multipliant à l’infini les enjeux (multi, 2 sur 4…) le PMU français s’engage dans une nouvelle direction pleine de risques pour sa survie. On va vers la saturation. Or, il ne faut pas oublier que les paris et les gains obéissent à la même dialectique que celle qui régit  l’offre et la demande, dans les affaires économiques. Quand la  cagnotte à partager entre les gagnants  devient dérisoire, le jeu ne vaut pas la chandelle. Miser de grosses sommes pour gagner des miettes, c’est ce qu’il y a d’absurde à concevoir. Mais il semblerait que le souci primordial des organisateurs de jeux  c’est le maintien dans le circuit et au diable la cagnotte. Ils trouvent en Equidia un auxiliaire tout dévoué à la cause et dont les intérêts et puis  le sort sont étroitement liés. L’un ne peut vivre sans l’autre.
L’hippodrome est vide,  mais les caméras  ne focalisent que sur les chevaux qui courent.
«Pourquoi le stade est vide ? Pourquoi les propriétaires de chevaux engagent-ils leur écurie dans un spectacle sans public ?», une chaîne commerciale ne se pose pas des questions de ce genre. Même la presse écrite laisse paraître les mêmes signes laxistes et défaitistes. En sauvant les apparences et les meubles du PMU, Equidia parvient à sauver les siens, car pour danser il faut être deux. Mais attention  aux faux pas. Une chute mortelle peut briser la cadence et arrêter le bal, une fois pour toutes .
RAZAK  

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